Le crabe aux pinces d'or

Hergé, de son vrai nom Georges Remi, se retrouve en 1940 dans une situation des plus complexes. La Belgique est occupée, le Petit Vingtième est mort et son projet en cours, Tintin au pays de l'or noir, est jugé trop sensible par l'occupant. Ne restant qu'un journal de grande diffusion, Le Soir, Hergé finit par y travailler pour ne pas disparaître du paysage médiatique, ce qui lui vaudra, des années plus tard, de se voir reprocher ses choix professionnels durant l'Occupation. Mais à l'époque, il faut bien manger. Tintin est donc exfiltré du tumulte européen pour une intrigue sans lien avec l'actualité : un trafic de drogue en plein Sahara.
La gestation du Crabe aux pinces d'or n'a rien d'idéal. Initialement publié dans un éphémère supplément jeunesse du Le Soir, il finit par être relégué sous forme de strips quotidiens quand le journal abandonne son cahier enfantin. Les conditions de publication chaotiques se ressentent dans la structure du récit, parfois un peu hachée, mais paradoxalement, c'est aussi ce qui force Hergé à perfectionner son art du cliffhanger : chaque fin de strip doit donner envie de lire la suite.
L'histoire commence par une boîte de crabe retrouvée par Milou dans une poubelle, qui mène à une affaire de contrebande d'opium. Tintin, comme souvent, met trop vite son nez où il ne faut pas et se retrouve prisonnier à bord du cargo Karaboudjan, navire commandé par un certain capitaine Haddock, qui n'a guère plus d'autorité sur son équipage qu'un bout de ficelle sur un cerf-volant. Sous l'influence de son second, le sinistre Allan, Haddock est noyé dans l'alcool, littéralement aussi bien que métaphoriquement. Après une évasion rocambolesque, les deux hommes finissent paumés en plein désert où ils ne doivent leur salut qu'à l'armée française. Poursuivant leur enquête jusqu'au port de Bagghar, ils y mettent enfin au jour le trafic, dirigé par le notable local Omar Ben Salaad. Le tout sur fond d'action frénétique, entre poursuites, bastons et beuveries.
Il serait difficile d'imaginer aujourd'hui les aventures de Tintin sans le capitaine Haddock. Pourtant, ce vieux loup de mer fait ici une entrée qui ne le prédispose pas à la postérité : pathétique, incapable, réduit à une loque trempée dans le whisky. Un boulet attachant, mais un boulet quand même. Loin du mentor bourru mais bienveillant qu'il deviendra, il met autant Tintin en danger qu'il ne l'aide, jusqu'à la célèbre scène du désert où, délirant, il tente d'étrangler notre héros en le prenant pour une bouteille de champagne. Paradoxalement, cette première version d'Haddock, plus brute et plus tragique, le rend peut-être encore plus réaliste que celui des albums suivants.
Au-delà de cette création marquante, l'intrigue reste un recyclage de thèmes déjà explorés par Hergé. Les trafiquants d'opium ? On les a déjà vus dans Les cigares du pharaon. Le désert et ses péripéties ? Même constat. L'Orient caricatural ? Pas nouveau non plus. On a même droit au stéréotype du gros marchand arabe respecté qui se révèle être un criminel. L'album accumule les redites, ce qui le rend plaisant, mais sans grande surprise.
Cela dit, ce n'est pas une aventure à bouder. Les scènes d'action sont efficaces, et on sent qu'Hergé maîtrise de mieux en mieux la mise en scène. Certaines planches sont magnifiques, notamment les scènes dans le désert, qui montrent le soin grandissant que l'auteur accorde à ses décors. Le format du strip quotidien le pousse à un dessin plus dépouillé, mais aussi plus percutant. Et puis, malgré ses maladresses, cet album réussit à poser les bases du tandem Tintin-Haddock qui fera les beaux jours de la série.
Une aventure donc sympathique, mais qui manque un peu de souffle par rapport à ce qu'Hergé livrera plus tard. Une lecture agréable, surtout pour le plaisir de voir d'où vient le capitaine Haddock, mais qui ne fait pas partie des sommets de la saga.
La gestation du Crabe aux pinces d'or n'a rien d'idéal. Initialement publié dans un éphémère supplément jeunesse du Le Soir, il finit par être relégué sous forme de strips quotidiens quand le journal abandonne son cahier enfantin. Les conditions de publication chaotiques se ressentent dans la structure du récit, parfois un peu hachée, mais paradoxalement, c'est aussi ce qui force Hergé à perfectionner son art du cliffhanger : chaque fin de strip doit donner envie de lire la suite.
L'histoire commence par une boîte de crabe retrouvée par Milou dans une poubelle, qui mène à une affaire de contrebande d'opium. Tintin, comme souvent, met trop vite son nez où il ne faut pas et se retrouve prisonnier à bord du cargo Karaboudjan, navire commandé par un certain capitaine Haddock, qui n'a guère plus d'autorité sur son équipage qu'un bout de ficelle sur un cerf-volant. Sous l'influence de son second, le sinistre Allan, Haddock est noyé dans l'alcool, littéralement aussi bien que métaphoriquement. Après une évasion rocambolesque, les deux hommes finissent paumés en plein désert où ils ne doivent leur salut qu'à l'armée française. Poursuivant leur enquête jusqu'au port de Bagghar, ils y mettent enfin au jour le trafic, dirigé par le notable local Omar Ben Salaad. Le tout sur fond d'action frénétique, entre poursuites, bastons et beuveries.
Il serait difficile d'imaginer aujourd'hui les aventures de Tintin sans le capitaine Haddock. Pourtant, ce vieux loup de mer fait ici une entrée qui ne le prédispose pas à la postérité : pathétique, incapable, réduit à une loque trempée dans le whisky. Un boulet attachant, mais un boulet quand même. Loin du mentor bourru mais bienveillant qu'il deviendra, il met autant Tintin en danger qu'il ne l'aide, jusqu'à la célèbre scène du désert où, délirant, il tente d'étrangler notre héros en le prenant pour une bouteille de champagne. Paradoxalement, cette première version d'Haddock, plus brute et plus tragique, le rend peut-être encore plus réaliste que celui des albums suivants.
Au-delà de cette création marquante, l'intrigue reste un recyclage de thèmes déjà explorés par Hergé. Les trafiquants d'opium ? On les a déjà vus dans Les cigares du pharaon. Le désert et ses péripéties ? Même constat. L'Orient caricatural ? Pas nouveau non plus. On a même droit au stéréotype du gros marchand arabe respecté qui se révèle être un criminel. L'album accumule les redites, ce qui le rend plaisant, mais sans grande surprise.
Cela dit, ce n'est pas une aventure à bouder. Les scènes d'action sont efficaces, et on sent qu'Hergé maîtrise de mieux en mieux la mise en scène. Certaines planches sont magnifiques, notamment les scènes dans le désert, qui montrent le soin grandissant que l'auteur accorde à ses décors. Le format du strip quotidien le pousse à un dessin plus dépouillé, mais aussi plus percutant. Et puis, malgré ses maladresses, cet album réussit à poser les bases du tandem Tintin-Haddock qui fera les beaux jours de la série.
Une aventure donc sympathique, mais qui manque un peu de souffle par rapport à ce qu'Hergé livrera plus tard. Une lecture agréable, surtout pour le plaisir de voir d'où vient le capitaine Haddock, mais qui ne fait pas partie des sommets de la saga.
Ma note65%
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