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· Julien   Lepage

Tu mourras moins bête, tome 3 : Science un jour, science toujours !
Marion Montaigne
2014

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Illustration de critique : Tu mourras moins bête, tome 3 : Science un jour, science toujours !
Le professeur Moustache et moi, c'est une vieille histoire. Enfin, vieille… disons que ça remonte à l'époque où Marion Montaigne publiait ses planches sur son blog sans se douter qu'elle allait devenir une des autrices BD les plus lues de France. Cette Réunionnaise formée à l'école Estienne puis aux Gobelins a inventé quelque chose de rare : un genre hybride où la vulgarisation scientifique sert de prétexte au défoulement comique le plus échevelé. Le premier tome, La science, c'est pas du cinéma !, avait quelque chose de l'uppercut : une idée simple, terriblement bien exécutée, qui démontait les aberrations des blockbusters hollywoodiens avec un plaisir communicatif. Le deuxième, Quoi de neuf, docteur Moustache ?, avait raflé le Prix du public Cultura à Angoulême en 2013, ce qui n'est pas rien. Alors quand Science un jour, science toujours ! débarque en septembre 2014 chez Delcourt (changement d'éditeur, Ankama ayant laissé la place), on arrive avec des attentes calibrées en conséquence. Peut-être un peu trop calibrées.

Le principe reste celui du blog d'origine : une carte postale d'un « anonyme » qui pose une question existentielle, parfois absurde, parfois déguisée derrière un faux nom de célébrité, et le Professeur Moustache, blouse blanche, moustache réglementaire, fille illégitime d'Albert Einstein, qui répond en une douzaine de pages BD. Dans ce troisième volume, Montaigne élargit considérablement son spectre thématique. On passe de l'hygiène aux araignées, des régimes aux testicules, des phobies aux poneys ; oui, il y a un chapitre sur les poneys, et non, il n'est pas moins sérieux que les autres. L'intérêt de cette dispersion thématique, c'est qu'elle rompt avec la relative homogénéité du premier tome, très axé cinéma-SF, qui pouvait laisser de côté les lecteurs peu familiers des références. Ici, tout le monde trouvera quelque chose à se mettre sous la dent… ou sous la moustache.

Ce qui n'a pas bougé, c'est la méthode. Montaigne passe, de son propre aveu, au moins un mois à se documenter avant de toucher un crayon. Ça se sent : les informations sont solides, les sources existent, et la bibliographie illustrée en fin de volume n'est pas là pour faire semblant. On apprend des choses réelles : que manger des araignées pendant le sommeil est un mythe démontable par l'odorat de l'araignée elle-même, que le papier sur la lunette des toilettes ne sert strictement à rien, que le gras corporel obéit à des règles biochimiques que les magazines féminins s'acharnent à ignorer. Cette rigueur dans le fond, c'est ce qui différencie la série d'un simple recueil de blagues sur la science.

Mais voilà le truc. À force d'être fiable, Science un jour, science toujours ! devient aussi légèrement prévisible. Le format carte postale, exposé, punchline finale, intermèdes visuels en aparté est tellement rodé qu'il finit par s'autopiloter. La première moitié du volume tient très bien la route : l'humour est noir, potache, parfois franchement méchant avec quelques pseudo-célébrités qui se font égratigner au passage, et le rythme ne faiblit pas. Mais passé le milieu du recueil, on sent une légère baisse de régime. Certains chapitres manquent de ce petit supplément d'âme tordu qui faisait exploser de rire les meilleurs passages des tomes précédents. L'information est toujours là, la blague aussi, mais la surprise, elle, commence à s'émousser.

Le dessin, lui, n'a pas changé : trait simple, cases sans bordures, économie graphique assumée. C'est cohérent avec le projet : le dessin est au service du propos, pas l'inverse. Certains y verront une limite, d'autres une honnêteté formelle. Pour ma part, j'ai depuis longtemps accepté le contrat. Ce n'est pas Mœbius, et ce n'est pas censé l'être. L'esthétique revendique une parenté avec Gotlib — les comparaisons avec Les dingodossiers sont fréquentes et pas totalement usurpées —, mais sans jamais prétendre à la même virtuosité graphique. Ce que Montaigne a en commun avec Gotlib, c'est surtout le sens de la digression comique et la capacité à rendre le grotesque attendrissant.

Au fond, Science un jour, science toujours ! est un bon tome d'une bonne série. On n'est plus dans la découverte, on est dans la confirmation. Les lecteurs qui débarquent ici en ignorant tout du Professeur Moustache passeront probablement un excellent moment. Ceux qui ont suivi depuis le début auront ce léger sentiment d'un moteur qui tourne bien sans tout à fait monter dans les tours.
Ma note69%
Lu le 13 Février 2016


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