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· Julien   Lepage

Tu mourras moins bête, tome 4 : Professeur Moustache étale sa science !
Marion Montaigne
2015

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Illustration de critique : Tu mourras moins bête, tome 4 : Professeur Moustache étale sa science !
Quatre tomes, et le Professeur Moustache est toujours là, moustaches au vent, prêt à expliquer pourquoi Dark Vador a une vie de merde ou à quelle vitesse Gandalf dégringole dans le Gouffre de Khazad-Dûm. Marion Montaigne a commencé tout ça en 2008 sur un simple blog, avec l'idée de partager les petites infos scientifiques dingues qu'elle glanait ; celles du genre « on perd deux kilos de peau morte par an » qu'on sort en société pour voir les gens grimacer. La formule a marché, les albums ont suivi chez Ankama puis Delcourt, et Tu mourras moins bête est devenu, en l'espace de quelques années, une référence dans le paysage de la vulgarisation scientifique en bande dessinée. Marion Montaigne, formée à l'illustration à l'école Estienne puis à l'animation aux Gobelins, a clairement inventé un truc : la science trash, potache, sourcée et jamais condescendante. On la compare parfois à Claire Bretécher ou à Reiser, ce qui n'est pas déshonorant.

Ce quatrième tome, paru en septembre 2015 et retenu en sélection officielle au Festival d'Angoulême 2016, fonctionne exactement comme les précédents : vingt-quatre mini-récits autonomes, chacun déclenché par une question absurde illustrée par un copain de l'autrice (Boulet, Pochep, Alfred et quelques autres passent ainsi à la casserole). Le Professeur Moustache, personnage à seins et moustache dont Marion Montaigne admet volontiers qu'elle n'avait pas réfléchi au genre au moment de le dessiner, répond donc pêle-mêle à des interrogations sur la psychologie des foules dans les urinoirs publics, la triste existence de Dark Vador condamné à voir les ultraviolets et les infrarouges, la crédibilité d'Interstellar face à la physique réelle, ou encore la reproduction des dinosaures à plumes. La variété des sujets est à la fois la force et la légère faiblesse du volume.

Parce que, soyons honnêtes, ce tome 4 est plaisant sans être le meilleur de la série. On rit, on apprend des choses inutiles et délectables, on ressort avec l'envie d'ennuyer ses proches avec des anecdotes sur la biomécanique ou la pâtée pour chiens ; et c'est précisément le contrat. Mais il faut bien admettre que la formule commence à montrer ses coutures pour qui a suivi l'aventure depuis le début. Les premiers volumes avaient une thématique plus resserrée (les aberrations scientifiques du cinéma, puis le corps humain) ce qui donnait une cohérence d'ensemble que ce quatrième opus n'a plus vraiment. Ici, on papillonne. On passe des vols paraboliques de la NASA aux pets, de la cape d'invisibilité de Frodon (qui ne devrait d'ailleurs pas lui permettre de voir à travers) aux scientifiques qui se sont écrasé les noisettes pour la science. C'est amusant chapitre par chapitre, un peu décousu quand on recule d'un pas.

Le dessin, lui, n'a pas changé d'un trait, c'est le cas de le dire. Aquarelle rapide, personnages croqués à la va-vite, fonds symbolisés par quelques aplats de couleur. Certains continuent de tiquer devant ce style volontairement « à l'arrachée ». C'est pourtant précisément ce qui fait l'efficacité du truc : le dessin ne cherche pas à séduire, il sert le rythme et le propos, ni plus ni moins. Marion Montaigne l'a dit elle-même : ce qui lui importe, c'est le dynamisme, pas l'esthétique. Et ça marche, même si on voit parfois les limites de l'exercice quand une démonstration un peu complexe aurait mérité un schéma plus construit.

Ce qui sauve le tout, et ce qui sauvera toujours Tu mourras moins bête, c'est la rigueur cachée derrière le chaos apparent. Chaque tome est accompagné de bibliographies, les chercheurs sont consultés et parfois corrigent l'autrice en cours de route ; comme Mehdi Moussaïd, spécialiste des foules, qui a pris contact après avoir vu comment ses travaux étaient utilisés. C'est cette honnêteté intellectuelle, combinée à un humour qui n'infantilise jamais le lecteur, qui distingue la démarche d'une simple vulgarisation de comptoir.

Pour qui découvre la série avec ce tome, l'effet de surprise sera intact et le plaisir au rendez-vous. Pour les fidèles, c'est un bon cru sans être un grand cru, comme un quatrième album d'un groupe qu'on aime : on est content de le mettre sur la platine, on chantonne les refrains, mais on convient en toute lucidité qu'il n'atteint pas les sommets des débuts. En attendant, on mourra peut-être moins bêtes. Mais on mourra quand même.
Ma note70%
Lu le 29 Mars 2017


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