Trésor
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C'est un drôle de film testament que ce Trésor. Drôle, pas forcément au sens comique du terme — parce que ça, on le cherche encore — mais plutôt par ce mélange bancal de tendresse, de malaise, et d'ennui poli qu'il génère. Réalisé par Claude Berri, ou du moins amorcé par lui avant son décès en cours de tournage, puis repris par François Dupeyron, le film souffre dès sa conception d'un flou artistique et d'une tristesse diffuse. Pas sûr que le réalisateur de Jean de Florette et Ensemble, c'est tout ait rêvé de finir là-dessus.
L'intrigue est aussi simple qu'un os à ronger : pour célébrer quatre ans de vie commune, Jean-Pierre offre à Nathalie un bulldog anglais. Le genre de bestiole pataude et baveuse dont certains raffolent, et que d'autres fuient comme la peste. Le chiot, baptisé Trésor, s'invite dans le couple avec l'énergie d'un mammouth dans une verrerie, accapare l'affection de Nathalie, envahit le lit, ronfle, dégobille, pète — littéralement — tout ce qui ressemble à une dynamique conjugale. Le conflit monte, pas trop haut, et se résout, pas trop bien.
Sur le papier, on aurait pu croire à une satire douce-amère sur les déséquilibres affectifs, un miroir un peu caustique sur les couples qui cherchent un sens, ou une fable sur la difficulté d'aimer à trois. Mais la réalité, c'est que le scénario s'en tient à des ficelles trop usées pour qu'on y croit encore : l'arrivée d'un animal de compagnie comme catalyseur des tensions conjugales, ce n'est pas exactement du jamais vu. Et ici, c'est traité sans invention, ni montée dramatique, ni ironie mordante. Les péripéties sont pauvres, répétitives, souvent poussives. La dynamique comique est censée naître du contraste entre le sérieux des personnages et la trivialité du chien. Sauf que les gags tombent à plat, les dialogues se contentent d'illustrer l'évidence, et on finit par subir, plus que suivre.
Les personnages, eux, peinent à exister. Nathalie, avec sa passion débordante pour la boule de graisse à museau écrasé, oscille entre l'agaçant et l'infantile. Quant à Jean-Pierre, il râle, grimace, mais ne résiste jamais vraiment. Leur couple ne se construit pas à l'écran, il est simplement posé là, et tout ce qui en émane donne l'impression d'une mise en scène d'un manuel de psychologie conjugale mal digéré. On aurait pu explorer la solitude à deux, le besoin de substituts affectifs, l'envie de maternité différée… mais tout cela est survolé, comme évité.
Le film tente pourtant, maladroitement, de nous parler de choses graves : le déséquilibre dans les couples, les projections, la difficulté à vieillir ensemble, la confusion entre amour, possession et caprice. Il y avait de quoi faire un film plus acide, ou au contraire plus poétique. Mais ici, tout est traité à la surface. Les situations manquent de subtilité, les enjeux se désamorcent avant même d'exister, et l'écriture reste au ras des pâquerettes — comme le bulldog, en somme.
La réalisation, elle, est convenue. On sent bien la gêne qui plane sur ce tournage endeuillé. Dupeyron fait ce qu'il peut avec ce que Berri a laissé derrière lui, mais ça manque de rythme, de nerf, et surtout d'angle. Visuellement, c'est propre mais fade, d'une neutralité presque télévisuelle. Le montage, parfois un peu nerveux, tente de camoufler le manque d'inspiration narrative, sans jamais vraiment convaincre. La musique, signée Frédéric Botton avant sa propre disparition, est discrète, voire oubliable.
Reste le jeu d'acteurs. Alain Chabat fait du Chabat, même s'il semble parfois naviguer à vue. Il s'en sort mieux que la plupart, avec quelques mimiques bien senties et un sens du timing intact. Mais difficile de sauver quoi que ce soit quand on joue face à un chien amorphe et une partenaire caricaturale. Mathilde Seigner, elle, incarne un stéréotype de femme enfant, tantôt hystérique, tantôt cucul, et globalement épuisante. On a connu l'actrice plus fine. Le reste du casting, pourtant composé de têtes familières (la psy campée par Fanny Ardant, la toiletteuse jouée par Isabelle Nanty), reste cantonné à des seconds rôles anecdotiques, presque décoratifs.
Au fond, Trésor est moins un film raté qu'un film empêché. Empêché par un tournage funeste, un scénario trop mince, une absence de point de vue fort. Il y avait une idée, il y avait même de l'émotion en germe — mais rien n'éclot vraiment. C'est un film triste, au sens littéral, comme si personne n'avait eu la force ou l'envie de le porter au-delà de son pitch. Quelques sourires fugaces, une ou deux trouvailles de montage, un acteur qui surnage : ce n'est pas rien, mais ce n'est pas assez.
Si vous aimez Didier, passez votre tour. Si vous aimez les bulldogs anglais, peut-être, mais même là, attention : il ronfle, il rote, et il pue la fin de règne.
L'intrigue est aussi simple qu'un os à ronger : pour célébrer quatre ans de vie commune, Jean-Pierre offre à Nathalie un bulldog anglais. Le genre de bestiole pataude et baveuse dont certains raffolent, et que d'autres fuient comme la peste. Le chiot, baptisé Trésor, s'invite dans le couple avec l'énergie d'un mammouth dans une verrerie, accapare l'affection de Nathalie, envahit le lit, ronfle, dégobille, pète — littéralement — tout ce qui ressemble à une dynamique conjugale. Le conflit monte, pas trop haut, et se résout, pas trop bien.
Sur le papier, on aurait pu croire à une satire douce-amère sur les déséquilibres affectifs, un miroir un peu caustique sur les couples qui cherchent un sens, ou une fable sur la difficulté d'aimer à trois. Mais la réalité, c'est que le scénario s'en tient à des ficelles trop usées pour qu'on y croit encore : l'arrivée d'un animal de compagnie comme catalyseur des tensions conjugales, ce n'est pas exactement du jamais vu. Et ici, c'est traité sans invention, ni montée dramatique, ni ironie mordante. Les péripéties sont pauvres, répétitives, souvent poussives. La dynamique comique est censée naître du contraste entre le sérieux des personnages et la trivialité du chien. Sauf que les gags tombent à plat, les dialogues se contentent d'illustrer l'évidence, et on finit par subir, plus que suivre.
Les personnages, eux, peinent à exister. Nathalie, avec sa passion débordante pour la boule de graisse à museau écrasé, oscille entre l'agaçant et l'infantile. Quant à Jean-Pierre, il râle, grimace, mais ne résiste jamais vraiment. Leur couple ne se construit pas à l'écran, il est simplement posé là, et tout ce qui en émane donne l'impression d'une mise en scène d'un manuel de psychologie conjugale mal digéré. On aurait pu explorer la solitude à deux, le besoin de substituts affectifs, l'envie de maternité différée… mais tout cela est survolé, comme évité.
Le film tente pourtant, maladroitement, de nous parler de choses graves : le déséquilibre dans les couples, les projections, la difficulté à vieillir ensemble, la confusion entre amour, possession et caprice. Il y avait de quoi faire un film plus acide, ou au contraire plus poétique. Mais ici, tout est traité à la surface. Les situations manquent de subtilité, les enjeux se désamorcent avant même d'exister, et l'écriture reste au ras des pâquerettes — comme le bulldog, en somme.
La réalisation, elle, est convenue. On sent bien la gêne qui plane sur ce tournage endeuillé. Dupeyron fait ce qu'il peut avec ce que Berri a laissé derrière lui, mais ça manque de rythme, de nerf, et surtout d'angle. Visuellement, c'est propre mais fade, d'une neutralité presque télévisuelle. Le montage, parfois un peu nerveux, tente de camoufler le manque d'inspiration narrative, sans jamais vraiment convaincre. La musique, signée Frédéric Botton avant sa propre disparition, est discrète, voire oubliable.
Reste le jeu d'acteurs. Alain Chabat fait du Chabat, même s'il semble parfois naviguer à vue. Il s'en sort mieux que la plupart, avec quelques mimiques bien senties et un sens du timing intact. Mais difficile de sauver quoi que ce soit quand on joue face à un chien amorphe et une partenaire caricaturale. Mathilde Seigner, elle, incarne un stéréotype de femme enfant, tantôt hystérique, tantôt cucul, et globalement épuisante. On a connu l'actrice plus fine. Le reste du casting, pourtant composé de têtes familières (la psy campée par Fanny Ardant, la toiletteuse jouée par Isabelle Nanty), reste cantonné à des seconds rôles anecdotiques, presque décoratifs.
Au fond, Trésor est moins un film raté qu'un film empêché. Empêché par un tournage funeste, un scénario trop mince, une absence de point de vue fort. Il y avait une idée, il y avait même de l'émotion en germe — mais rien n'éclot vraiment. C'est un film triste, au sens littéral, comme si personne n'avait eu la force ou l'envie de le porter au-delà de son pitch. Quelques sourires fugaces, une ou deux trouvailles de montage, un acteur qui surnage : ce n'est pas rien, mais ce n'est pas assez.
Si vous aimez Didier, passez votre tour. Si vous aimez les bulldogs anglais, peut-être, mais même là, attention : il ronfle, il rote, et il pue la fin de règne.
Ma note52%
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