John Wick 2
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Rarement une suite aura autant ressemblé à une photocopie agrandie de son modèle — plus grande, plus bruyante, moins nette. Chad Stahelski, ancien coordinateur de cascades devenu réalisateur à plein temps après avoir co-signé le premier opus avec David Leitch (qui, lui, est parti voguer vers Atomic Blonde), revient seul aux commandes de ce John Wick : Chapitre 2 sorti en 2017. Keanu Reeves remet le costume sombre de John Wick, entouré d'un casting international cossu — Riccardo Scamarcio, Common, Ruby Rose, Laurence Fishburne — sans oublier les fidèles Ian McShane et Lance Reddick qui reprennent leurs rôles. Sur le papier, c'est alléchant. Dans les faits, c'est plus compliqué. L'histoire reprend presque là où le premier s'était arrêté : John Wick récupère sa Ford Mustang 1969 dans le garage d'Abram Tarasov, frère du caïd russe qu'il a massacré dans le film précédent, et croit pouvoir enfin raccrocher les flingues. C'est alors que débarque Santino D'Antonio, un caïd italien qui lui rappelle une vieille dette contractée par pacte de sang — le fameux *marker*, médaillon de cire qui scelle un serment irrévocable dans les règles de la confrérie des assassins. John est donc contraint de se rendre à Rome pour éliminer la sœur de Santino, Gianna, afin que ce dernier puisse s'emparer de sa place au sein du conseil des mafias mondiales. Mission accomplie, Santino retourne la situation en plaçant une prime de sept millions de dollars sur la tête de John. Le chasseur devient le gibier, et la seconde moitié du film se transforme en course-poursuite mortelle à travers New York. Le problème, c'est que tout ce dispositif narratif ressemble à un prétexte. Le scénario de Derek Kolstad ne cherche pas vraiment à tisser une histoire, il cherche à trouver des excuses pour remettre John Wick en mouvement. La dette envers Santino est introduite de manière un peu téléphonée, et on peine à comprendre pourquoi un homme aussi impitoyablement pragmatique que John Wick s'y soumet aussi docilement — surtout après avoir retourné demi-New York pour récupérer un chiot dans le premier film. Le premier opus avait quelque chose de magnifiquement absurde et de tragiquement humain dans son moteur narratif : un homme qui massacre une organisation criminelle entière par amour d'un chien offert par sa femme morte. Ici, le moteur est un objet de cire et une règle contractuelle. C'est moins poétique. Ce qui est intéressant, en revanche, c'est l'approfondissement de l'univers. Chapitre 2 consacre beaucoup de temps à explorer les rouages de la confrérie des assassins : les règles du Continental, la monnaie d'or, les fournisseurs d'armes et de tenues pare-balles cachés sous des galeries d'art romaines, le sommelier qui recommande des munitions comme des millésimes. C'est la vraie trouvaille du film, et elle aurait mérité d'être au centre de l'intrigue plutôt que de rester en décoration. Le personnage joué par Laurence Fishburne, le roi des mendiants new-yorkais, est une idée visuellement sympathique qui ne sert absolument à rien dans le déroulement de l'histoire — une anomalie scénaristique difficile à ignorer pour qui cherche une cohérence narrative. John Wick lui-même reste un personnage fascinant précisément parce qu'il est peu défini. Son passé de tueur légendaire est évoqué par tous comme une menace apocalyptique — le *Baba Yaga*, le croque-mitaine —, mais ce qui le rend attachant, c'est sa vulnérabilité têtue, son obstination à vouloir une vie normale malgré une existence qui ne le lui permettra jamais. Le film joue sur cette contradiction, mais moins habilement que le premier : John est ici davantage une machine à tuer qu'un homme en deuil, et cette nuance émotionnelle manque. Les seconds rôles, eux, sont des silhouettes. Santino D'Antonio est un antagoniste terne, dont la trahison est prévisible dès sa première apparition. Ares, la garde du corps muette jouée par Ruby Rose, est cool d'aspect mais sans substance. Même Cassian, le personnage de Common, pourtant bien introduit dans une scène de bagarre mémorable dans le métro romain, disparaît sans laisser de trace. Le film construit des briques intéressantes et ne les assemble pas vraiment. Thématiquement, Chapitre 2 parle de servitude et d'identité : peut-on vraiment s'extraire de ce qu'on est ? John Wick veut être un homme ordinaire, mais le monde ne le lui permettra pas, et lui-même ne peut s'empêcher d'être exceptionnel dans la violence. C'est une idée valable, presque métaphysique dans son absurdité grecque — l'homme condamné à réitérer son destin —, mais le film la traite de manière superficielle, plus soucieux de ses chorégraphies que de ses sous-textes. Et les chorégraphies, justement, sont remarquables. Stahelski vient du monde des cascades — il a été la doublure de Keanu Reeves sur la trilogie Matrix —, et ça se sent à chaque séquence d'action. Reeves s'est entraîné pendant des mois aux arts martiaux, au tir de précision et au jiu-jitsu brésilien pour le rôle, et le résultat est une lisibilité rare dans le cinéma d'action contemporain : on voit les corps, on comprend l'espace, les enchaînements ont une logique chorégraphique millimétrée mêlant gunfight et combat au sol, avec plusieurs techniques de sacrifice comme le *tomoe-nage*. La séquence finale dans le musée, avec ses miroirs qui multiplient les reflets et les angles de tir, convoque directement Opération Dragon de Robert Clouse — et l'hommage est explicite, pleinement assumé. La photographie de Dan Laustsen, qui signe là sa première collaboration avec Stahelski en remplacement de Jonathan Sela, donne à l'ensemble une patine léchée, presque baroque dans les séquences romaines. La bande originale de Tyler Bates et Joel J. Richard assure, sans s'imposer. En VF, Günther Germain retrouve la voix grave et contenue qui convient au personnage, et le doublage global est de bonne tenue — on ne perd pas grand-chose par rapport à la version originale, ce qui est rassurant pour un film aussi peu bavard. Reeves est, comme toujours, parfait dans ce registre de stoïcisme habité. Il y a quelque chose de bouddhiste dans sa façon d'encaisser les coups — et il en encaisse beaucoup —, une endurance physique et émotionnelle qui dépasse le simple jeu. McShane est impeccable dans son registre de gentleman malfaisant, Reddick est une présence irréprochable, et Scamarcio fait ce qu'il peut avec un personnage trop peu écrit. Fishburne semble s'amuser, ce qui est communicatif mais n'excuse pas l'inutilité scénaristique de son personnage. Le caméo de Franco Nero, légende du western spaghetti et interprète original de Django, est un clin d'œil sympa pour les amateurs du genre — les deux hommes s'appellent mutuellement John dans une scène qui vaut son pesant de méta-humour discret. Au bout du compte, John Wick : Chapitre 2 est exactement ce que son titre annonce honnêtement : un deuxième chapitre. Un développement, pas une destination. Le problème des suites nées d'un succès inattendu — et le premier John Wick était clairement dans ce cas-là, budget modeste, succès surprise —, c'est qu'elles grossissent le budget sans nécessairement enrichir le propos. On a ici plus d'argent, plus de décors, plus de figurants à abattre, plus de cartouches tirées, mais le cœur émotionnel qui rendait le premier touchant malgré son délire s'est dilué dans l'inflation. C'est un bon divertissement de vendredi soir, un exercice de style techniquement admirable, mais une œuvre creuse dont l'ambition se limite à préparer le terrain pour Parabellum. Pour les amateurs de ballet chorégraphié à la poudre noire, on pense aussi à The Raid de Gareth Evans ou à Atomic Blonde — qui ose davantage —, deux films qui font une chose similaire avec plus de personnalité.
Ma note38%
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