N° 340 · Sports et loisirs · Tome 4
Que faut-il savoir sur la soule ?
Sujet : La soule
Bonjour ! Aujourd’hui, je vous propose de découvrir la soule, un jeu de ballon collectif pratiqué en France depuis au moins 1147, date de sa première mention écrite. Deux équipes s’affrontent pour amener une balle à un but convenu, par tous les moyens : mains, pieds, parfois crosses. On l’appelait aussi choule, chôle ou cholle selon les régions, et c’est l’ancêtre commun du football et du rugby. La balle elle-même s’appelle aussi la soule, du germanique keula qui signifie objet rond ou cavité. Elle pouvait être en bois massif, en vessie de porc gonflée, ou en cuir bourrée de paille, de son, de mousse ou de crin de cheval. Parfois on l’huilait pour la rendre glissante. En 1412, une règle limita sa taille : elle devait tenir dans une seule main.
- Auteur
- Julien Lepage
- Publié le
- Lecture
- 2 min
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Bonjour ! Aujourd’hui, je vous propose de découvrir la soule, un jeu de ballon collectif pratiqué en France depuis au moins 1147, date de sa première mention écrite. Deux équipes s’affrontent pour amener une balle à un but convenu, par tous les moyens : mains, pieds, parfois crosses. On l’appelait aussi choule, chôle ou cholle selon les régions, et c’est l’ancêtre commun du football et du rugby.
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La balle elle-même s’appelle aussi la soule, du germanique keula qui signifie objet rond ou cavité. Elle pouvait être en bois massif, en vessie de porc gonflée, ou en cuir bourrée de paille, de son, de mousse ou de crin de cheval. Parfois on l’huilait pour la rendre glissante. En 1412, une règle limita sa taille : elle devait tenir dans une seule main.
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Pas de terrain délimité : le jeu se déroule à travers champs, bois et chemins, parfois sur plusieurs kilomètres entre deux villages. Le but peut être le porche d’une église, un arbre désigné, un mur, ou une mare où il faut noyer la soule. Particularité étonnante : souvent les deux équipes ont le même but à atteindre, mais en sens inverse.
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Pour lancer la partie, un personnage symbolique jette la soule : souvent la dernière mariée de l’année, parfois le seigneur ou le curé après la messe. Les équipes n’avaient pas de nombre fixe et opposaient des groupes sociaux : mariés contre célibataires, gens de la ville contre gens de la campagne, ou une paroisse contre une autre. Le jeu se pratiquait surtout de Noël à la Saint-Jean.
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Le cœur du jeu, c’est la mêlée : les joueurs s’agrippent et se bousculent pour s’emparer de la balle, puis la font progresser à la main, au pied, ou en la cachant sous un manteau. Une partie pouvait durer des heures et se terminait souvent faute de joueurs valides. À Pont-l’Abbé, on raconte que cinquante hommes se seraient noyés au XVIIIe siècle en poursuivant la balle dans un étang.
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La soule a été interdite à de multiples reprises : par Philippe V en 1319, puis par Charles V en 1369, sous peine de quarante sous d’amende. La raison était militaire : le roi voulait que ses sujets s’entraînent au tir à l’arc, jugé plus utile pour la guerre. Mais, malgré les édits royaux et les interdictions épiscopales, le jeu se pratiqua en cachette pendant des siècles.
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Le journal de Gilles de Gouberville, gentilhomme normand du XVIe siècle, montre que même les nobles y jouaient. Le 23 décembre 1555, il note avoir reçu un tel coup de poing à la poitrine qu’il en perdit la parole. La réputation de violence du jeu vient surtout des lettres de rémission, ces grâces royales pour homicide involontaire, mais elles ne reflètent que les cas judiciaires, pas la pratique courante.
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L’origine du jeu reste discutée. On évoque l’harpastum romain, le knattleikr viking islandais, ou une importation par Guillaume le Conquérant en Angleterre dès 1066. En 1803, Jacques Cambry proposa une théorie audacieuse, mais marginale : la soule serait l’écho d’un rite druidique solaire lié à l’œuf cosmique. Plus tard, l’ethnologue Arnold Van Gennep y verra plutôt un rituel symbolisant les rivalités de groupes.
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Aujourd’hui, le jeu survit. À Tricot dans l’Oise, on lance le choulet, une poire de cuir, entre deux cheminées du village chaque mardi gras et lundi de Pâques, depuis le Moyen Âge sans interruption. En Normandie, la grande choule et la choule à la crosse ont des règles écrites depuis 2001, des équipes mixtes, et sont inscrites au patrimoine culturel immatériel français depuis 2012.
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La soule, c’est donc un grand jeu collectif sans terrain fixe ni nombre de joueurs imposé, où l’on amène une balle à un but symbolique par tous les moyens. Codifiée par les Anglais au XIXe siècle, elle a donné naissance au football et au rugby ; sauvage, elle survit encore dans quelques villages français. Et vous, auriez-vous joué avec les mariés, ou avec les célibataires ?
Transcription complète
Retrouvez ici le texte de l’épisode dans l’ordre de lecture.
- Case 01 Bonjour ! Aujourd’hui, je vous propose de découvrir la soule, un jeu de ballon collectif pratiqué en France depuis au moins 1147, date de sa première mention écrite. Deux équipes s’affrontent pour amener une balle à un but convenu, par tous les moyens : mains, pieds, parfois crosses. On l’appelait aussi choule, chôle ou cholle selon les régions, et c’est l’ancêtre commun du football et du rugby.
- Case 02 La balle elle-même s’appelle aussi la soule, du germanique keula qui signifie objet rond ou cavité. Elle pouvait être en bois massif, en vessie de porc gonflée, ou en cuir bourrée de paille, de son, de mousse ou de crin de cheval. Parfois on l’huilait pour la rendre glissante. En 1412, une règle limita sa taille : elle devait tenir dans une seule main.
- Case 03 Pas de terrain délimité : le jeu se déroule à travers champs, bois et chemins, parfois sur plusieurs kilomètres entre deux villages. Le but peut être le porche d’une église, un arbre désigné, un mur, ou une mare où il faut noyer la soule. Particularité étonnante : souvent les deux équipes ont le même but à atteindre, mais en sens inverse.
- Case 04 Pour lancer la partie, un personnage symbolique jette la soule : souvent la dernière mariée de l’année, parfois le seigneur ou le curé après la messe. Les équipes n’avaient pas de nombre fixe et opposaient des groupes sociaux : mariés contre célibataires, gens de la ville contre gens de la campagne, ou une paroisse contre une autre. Le jeu se pratiquait surtout de Noël à la Saint-Jean.
- Case 05 Le cœur du jeu, c’est la mêlée : les joueurs s’agrippent et se bousculent pour s’emparer de la balle, puis la font progresser à la main, au pied, ou en la cachant sous un manteau. Une partie pouvait durer des heures et se terminait souvent faute de joueurs valides. À Pont-l’Abbé, on raconte que cinquante hommes se seraient noyés au XVIIIe siècle en poursuivant la balle dans un étang.
- Case 06 La soule a été interdite à de multiples reprises : par Philippe V en 1319, puis par Charles V en 1369, sous peine de quarante sous d’amende. La raison était militaire : le roi voulait que ses sujets s’entraînent au tir à l’arc, jugé plus utile pour la guerre. Mais, malgré les édits royaux et les interdictions épiscopales, le jeu se pratiqua en cachette pendant des siècles.
- Case 07 Le journal de Gilles de Gouberville, gentilhomme normand du XVIe siècle, montre que même les nobles y jouaient. Le 23 décembre 1555, il note avoir reçu un tel coup de poing à la poitrine qu’il en perdit la parole. La réputation de violence du jeu vient surtout des lettres de rémission, ces grâces royales pour homicide involontaire, mais elles ne reflètent que les cas judiciaires, pas la pratique courante.
- Case 08 L’origine du jeu reste discutée. On évoque l’harpastum romain, le knattleikr viking islandais, ou une importation par Guillaume le Conquérant en Angleterre dès 1066. En 1803, Jacques Cambry proposa une théorie audacieuse, mais marginale : la soule serait l’écho d’un rite druidique solaire lié à l’œuf cosmique. Plus tard, l’ethnologue Arnold Van Gennep y verra plutôt un rituel symbolisant les rivalités de groupes.
- Case 09 Aujourd’hui, le jeu survit. À Tricot dans l’Oise, on lance le choulet, une poire de cuir, entre deux cheminées du village chaque mardi gras et lundi de Pâques, depuis le Moyen Âge sans interruption. En Normandie, la grande choule et la choule à la crosse ont des règles écrites depuis 2001, des équipes mixtes, et sont inscrites au patrimoine culturel immatériel français depuis 2012.
- Case 10 La soule, c’est donc un grand jeu collectif sans terrain fixe ni nombre de joueurs imposé, où l’on amène une balle à un but symbolique par tous les moyens. Codifiée par les Anglais au XIXe siècle, elle a donné naissance au football et au rugby ; sauvage, elle survit encore dans quelques villages français. Et vous, auriez-vous joué avec les mariés, ou avec les célibataires ?
Sources et crédits
- Auteur et responsable éditorial
- Julien Lepage
- Date de publication
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