N° 401 · Faune et flore · Tome 4
Comment le blob peut-il apprendre sans cerveau ?
Sujet : Le blob
Ni animal, ni plante, ni champignon, le blob est un organisme unicellulaire capable de se déplacer, de se nourrir et de résoudre certains problèmes. Sous sa forme active, cette cellule géante contient des millions de noyaux et déploie un réseau palpitant à la recherche de nourriture. Dépourvu de cerveau et de système nerveux, le blob peut pourtant mémoriser une expérience, s’habituer à une substance désagréable et optimiser son trajet.
- Auteur
- Julien Lepage
- Publié le
- Lecture
- 2 min
Lire la transcription de la case 01
Bonjour ! Aujourd’hui, je vous propose de découvrir… le blob, généralement nommé Physarum polycephalum. Ce discret habitant des milieux humides se nourrit surtout de bactéries et d’autres microorganismes. Sa forme jaune spectaculaire n’est qu’une étape d’un cycle de vie beaucoup plus complexe.
Lire la transcription de la case 02
Le blob n’est ni un animal, ni une plante, ni un champignon : c’est un Amoebozoaire, longtemps classé à tort parmi les champignons. Ses spores donnent des cellules microscopiques, dont certaines fusionnent avant de former un plasmode géant. En cas de sécheresse ou de famine, celui-ci peut devenir un sclérote dormant et repartir après réhydratation.
Lire la transcription de la case 03
Le plasmode est une seule cellule continue, parfois macroscopique, contenant un très grand nombre de noyaux. Des contractions rythmiques font circuler son cytoplasme en va-et-vient dans un réseau de tubes. Ce flux transporte nutriments, signaux et noyaux, permettant une coordination sans cerveau, cœur, ni vaisseaux sanguins.
Lire la transcription de la case 04
Des naturalistes décrivaient déjà les myxomycètes au XVIIIᵉ siècle ; Anton de Bary a ensuite éclairci leur nature amiboïde au XIXᵉ. À partir des années 1960, Physarum est devenu un organisme modèle du cycle cellulaire. Ses nombreux noyaux, souvent synchronisés, facilitaient l’étude de la mitose et du mouvement cytoplasmique.
Lire la transcription de la case 05
En 2000, une expérience célèbre a montré le plasmode conservant une voie courte entre deux nourritures placées dans un labyrinthe. Il n’a pas réfléchi devant une entrée : il avait d’abord colonisé les passages, puis retiré les branches peu utiles. Les tubes bien alimentés se renforcent tandis que les autres régressent, produisant une optimisation distribuée.
Lire la transcription de la case 06
En 2010, un dispositif inspiré de la région de Tokyo a produit un réseau comparable au réseau ferroviaire selon certaines mesures de longueur, d’efficacité et de robustesse. Le blob inspire depuis des algorithmes, des réseaux adaptatifs et des expériences de robotique. Mais il ne planifie pas une ville entière : les chercheurs choisissent les ressources, les obstacles et les critères à optimiser.
Lire la transcription de la case 07
En avançant, le blob dépose une trace qu’il tend ensuite à éviter : l’environnement lui sert ainsi de mémoire spatiale externe. La position d’une nourriture peut aussi laisser une empreinte temporaire dans l’épaisseur de ses tubes. Lors d’une fusion, un état physiologique acquis peut passer d’un plasmode habitué à un plasmode naïf.
Lire la transcription de la case 08
Des expériences montrent une habituation : après des expositions répétées à un répulsif inoffensif, certains blobs le franchissent plus facilement, puis retrouvent leur prudence après une pause. Ils peuvent aussi combiner des aliments pour approcher un équilibre nutritionnel favorable. Cela établit une adaptation mesurable, mais ni conscience ni raisonnement comparable au nôtre.
Lire la transcription de la case 09
En 2021, quatre sclérotes ont été réveillés dans la Station spatiale internationale par Thomas Pesquet. Ils ont exploré, consommé des flocons et produit des prolongements tridimensionnels en micropesanteur. Des vidéos ayant été corrompues et l’échantillon étant très réduit, l’expérience ne prouve pas que l’espace améliore leurs capacités.
Lire la transcription de la case 10
Le blob n’est ni immortel, ni omniscient, ni extraterrestre : il peut mourir, se tromper et produire des réseaux imparfaits. Son véritable prodige est plus précis : une cellule géante coordonne flux, croissance, mémoire et choix sans centre de commande. En révélant une autre manière d’être vivant, il nous oblige surtout à repenser nos définitions de l’individu et de l’intelligence.
Transcription complète
Retrouvez ici le texte de l’épisode dans l’ordre de lecture.
- Case 01 Bonjour ! Aujourd’hui, je vous propose de découvrir… le blob, généralement nommé Physarum polycephalum. Ce discret habitant des milieux humides se nourrit surtout de bactéries et d’autres microorganismes. Sa forme jaune spectaculaire n’est qu’une étape d’un cycle de vie beaucoup plus complexe.
- Case 02 Le blob n’est ni un animal, ni une plante, ni un champignon : c’est un Amoebozoaire, longtemps classé à tort parmi les champignons. Ses spores donnent des cellules microscopiques, dont certaines fusionnent avant de former un plasmode géant. En cas de sécheresse ou de famine, celui-ci peut devenir un sclérote dormant et repartir après réhydratation.
- Case 03 Le plasmode est une seule cellule continue, parfois macroscopique, contenant un très grand nombre de noyaux. Des contractions rythmiques font circuler son cytoplasme en va-et-vient dans un réseau de tubes. Ce flux transporte nutriments, signaux et noyaux, permettant une coordination sans cerveau, cœur, ni vaisseaux sanguins.
- Case 04 Des naturalistes décrivaient déjà les myxomycètes au XVIIIᵉ siècle ; Anton de Bary a ensuite éclairci leur nature amiboïde au XIXᵉ. À partir des années 1960, Physarum est devenu un organisme modèle du cycle cellulaire. Ses nombreux noyaux, souvent synchronisés, facilitaient l’étude de la mitose et du mouvement cytoplasmique.
- Case 05 En 2000, une expérience célèbre a montré le plasmode conservant une voie courte entre deux nourritures placées dans un labyrinthe. Il n’a pas réfléchi devant une entrée : il avait d’abord colonisé les passages, puis retiré les branches peu utiles. Les tubes bien alimentés se renforcent tandis que les autres régressent, produisant une optimisation distribuée.
- Case 06 En 2010, un dispositif inspiré de la région de Tokyo a produit un réseau comparable au réseau ferroviaire selon certaines mesures de longueur, d’efficacité et de robustesse. Le blob inspire depuis des algorithmes, des réseaux adaptatifs et des expériences de robotique. Mais il ne planifie pas une ville entière : les chercheurs choisissent les ressources, les obstacles et les critères à optimiser.
- Case 07 En avançant, le blob dépose une trace qu’il tend ensuite à éviter : l’environnement lui sert ainsi de mémoire spatiale externe. La position d’une nourriture peut aussi laisser une empreinte temporaire dans l’épaisseur de ses tubes. Lors d’une fusion, un état physiologique acquis peut passer d’un plasmode habitué à un plasmode naïf.
- Case 08 Des expériences montrent une habituation : après des expositions répétées à un répulsif inoffensif, certains blobs le franchissent plus facilement, puis retrouvent leur prudence après une pause. Ils peuvent aussi combiner des aliments pour approcher un équilibre nutritionnel favorable. Cela établit une adaptation mesurable, mais ni conscience ni raisonnement comparable au nôtre.
- Case 09 En 2021, quatre sclérotes ont été réveillés dans la Station spatiale internationale par Thomas Pesquet. Ils ont exploré, consommé des flocons et produit des prolongements tridimensionnels en micropesanteur. Des vidéos ayant été corrompues et l’échantillon étant très réduit, l’expérience ne prouve pas que l’espace améliore leurs capacités.
- Case 10 Le blob n’est ni immortel, ni omniscient, ni extraterrestre : il peut mourir, se tromper et produire des réseaux imparfaits. Son véritable prodige est plus précis : une cellule géante coordonne flux, croissance, mémoire et choix sans centre de commande. En révélant une autre manière d’être vivant, il nous oblige surtout à repenser nos définitions de l’individu et de l’intelligence.
Ce qu’il faut retenir
- Le blob porte le nom scientifique Physarum polycephalum
- Il appartient aux amibozoaires et non aux champignons
- Il constitue une seule cellule pouvant contenir des millions de noyaux
- Il se nourrit notamment de bactéries, de levures et de champignons microscopiques
- Il peut trouver un trajet efficace dans un labyrinthe
- Il présente une forme élémentaire d’apprentissage appelée habituation
Sources et crédits
- Auteur et responsable éditorial
- Julien Lepage
- Date de publication
Références principales
- Boussard et al., A review of cognition in the slime mould Physarum polycephalum (nouvel onglet)
- Glöckner et al., The Physarum polycephalum Genome Reveals Extensive Use of Prokaryotic Two-Component and Metazoan-Type Tyrosine Kinase Signaling (nouvel onglet)
- Vogel et al., Adaptive behaviour and learning in slime moulds: the role of oscillations (nouvel onglet)
- Vogel et Dussutour, Direct transfer of learned behaviour via cell fusion in non-neural organisms (nouvel onglet)
- Boisseau, Vogel et Dussutour, Habituation in non-neural organisms: evidence from slime moulds (nouvel onglet)
- Boussard et al., Memory inception and preservation in slime moulds (nouvel onglet)
- Reid et al., Slime mold uses an externalized spatial memory to navigate in complex environments (nouvel onglet)
- Saigusa et al., Amoebae Anticipate Periodic Events (nouvel onglet)
- PubMed, Amoebae anticipate periodic events (nouvel onglet)
- Dussutour et al., Amoeboid organism solves complex nutritional challenges (nouvel onglet)
- Tero et al., Rules for biologically inspired adaptive network design (nouvel onglet)
- Kramar et Alim, Encoding memory in tube diameter hierarchy of living flow network (nouvel onglet)
- Marbach et Alim, Emergence of behaviour in a self-organized living matter network (nouvel onglet)
- Gerber et al., Spatial transcriptomic and single-nucleus analysis reveals heterogeneity in a gigantic single-celled syncytium (nouvel onglet)
- Tröger, Goirand et Alim, Size-dependent self-avoidance enables superdiffusive migration in macroscopic unicellulars (nouvel onglet)
- Peng et al., Metagenomic Insight into the Associated Microbiome in Plasmodia of Myxomycetes (nouvel onglet)
- Leontyev et al., Multigene phylogeny of the order Physarales (nouvel onglet)
- Keller et al., Reproductive systems in the myxomycetes: a review (nouvel onglet)
- MacBride, The North American Slime-Moulds (nouvel onglet)
- CNES, #ElèveTonBlob : l’odyssée des blobs spatiaux (nouvel onglet)
- Parc zoologique de Paris, Nouvelle espèce : un blob fascinant (nouvel onglet)
- Oettmeier et al., On the role of the plasmodial cytoskeleton in facilitating intelligent behavior in slime mold Physarum polycephalum (nouvel onglet)
- Stephenson et al., Biologically Active Compounds in True Slime Molds and Their Biological Activities (nouvel onglet)
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