N° 415 · Physique · Tome 4

L'énergie sombre est-elle la force la plus puissante de l'univers ou une simple erreur de calcul cosmique ?

Sujet : L’énergie sombre

L'univers s'emballe. Depuis environ cinq milliards d'années, les galaxies s'éloignent les unes des autres de plus en plus vite, comme si une force invisible et colossale repoussait tout ce qui existe. Cette force, les physiciens l'appellent énergie sombre, et elle représenterait environ 68 % du contenu total de l'univers observable. Pourtant, personne ne sait ce qu'elle est vraiment. Elle ne rayonne pas, ne se regroupe pas, ne s'observe pas directement. Sa seule signature est l'accélération de l'expansion cosmique, découverte en 1998 par deux équipes rivales d'astrophysiciens qui ne s'attendaient absolument pas à ce résultat. Depuis, elle constitue le mystère le plus profond de la physique moderne, résistant à toutes les tentatives d'explication satisfaisante, qu'elles viennent de la relativité générale, de la mécanique quantique ou des théories alternatives les plus audacieuses.

Auteur
Julien Lepage
Publié le
Lecture
2 min
Lire sur la page
L’énergie sombre, case 1 : Bonjour ! Aujourd’hui, je vous propose de découvrir l’énergie sombre : une force mystérieuse qui représente 68 % de l’univers et que personne ne comprend vraiment. Elle est invisible, indétectable directement, et pourtant, elle gouverne le destin de tout ce qui existe. Et l’histoire de sa découverte commence… par une erreur d’Einstein.
Case 01 — L’énergie sombre
Lire la transcription de la case 01

Bonjour ! Aujourd’hui, je vous propose de découvrir l’énergie sombre : une force mystérieuse qui représente 68 % de l’univers et que personne ne comprend vraiment. Elle est invisible, indétectable directement, et pourtant, elle gouverne le destin de tout ce qui existe. Et l’histoire de sa découverte commence… par une erreur d’Einstein.

L’énergie sombre, case 2 : En 1917, Einstein pense que l’univers est statique : ni en expansion ni en contraction. Mais ses propres équations de relativité générale prédisent un effondrement. Il bricole alors un terme correctif : la constante cosmologique, une sorte de répulsion de l’espace-temps. Puis Hubble prouve l’expansion en 1929. Einstein renie ce terme, le qualifiant de « plus grande erreur de sa vie ». Ironie : il avait raison de le garder.
Case 02 — L’énergie sombre
Lire la transcription de la case 02

En 1917, Einstein pense que l’univers est statique : ni en expansion ni en contraction. Mais ses propres équations de relativité générale prédisent un effondrement. Il bricole alors un terme correctif : la constante cosmologique, une sorte de répulsion de l’espace-temps. Puis Hubble prouve l’expansion en 1929. Einstein renie ce terme, le qualifiant de « plus grande erreur de sa vie ». Ironie : il avait raison de le garder.

L’énergie sombre, case 3 : En 1988, Saul Perlmutter lance le Supernova Cosmology Project à Berkeley. En 1994, Brian Schmidt et Adam Riess forment l’équipe rivale : le High-Z Supernova Search Team. Les deux équipes sont des concurrents acharnés. Leur arme : les supernovae de type Ia, des explosions d’étoiles naines blanches toujours identiques en luminosité. Des « chandelles standard » pour mesurer les distances cosmiques.
Case 03 — L’énergie sombre
Lire la transcription de la case 03

En 1988, Saul Perlmutter lance le Supernova Cosmology Project à Berkeley. En 1994, Brian Schmidt et Adam Riess forment l’équipe rivale : le High-Z Supernova Search Team. Les deux équipes sont des concurrents acharnés. Leur arme : les supernovae de type Ia, des explosions d’étoiles naines blanches toujours identiques en luminosité. Des « chandelles standard » pour mesurer les distances cosmiques.

L’énergie sombre, case 4 : Le 8 janvier 1998, lors d’une conférence à l’American Astronomical Society, les deux équipes annoncent la même chose : les supernovae lointaines sont plus faibles qu’attendu, donc plus éloignées que prévu. L’univers n’est pas en train de ralentir… il accélère. Riess confiera que ce fut un moment « terrifiant ». Le magazine Science nomme ça « Découverte de l’année ». Environ 75 % des physiciens présents au symposium du Fermilab lèvent la main : ils y croient.
Case 04 — L’énergie sombre
Lire la transcription de la case 04

Le 8 janvier 1998, lors d’une conférence à l’American Astronomical Society, les deux équipes annoncent la même chose : les supernovae lointaines sont plus faibles qu’attendu, donc plus éloignées que prévu. L’univers n’est pas en train de ralentir… il accélère. Riess confiera que ce fut un moment « terrifiant ». Le magazine Science nomme ça « Découverte de l’année ». Environ 75 % des physiciens présents au symposium du Fermilab lèvent la main : ils y croient.

L’énergie sombre, case 5 : L’univers observable se compose d’environ 68 % d’énergie sombre, 27 % de matière noire, et seulement 5 % de matière ordinaire : étoiles, planètes, vous, moi. Tout ce que nous voyons, touchons et connaissons représente moins d’un vingtième du contenu total de l’univers. L’énergie sombre est la composante dominante, et pourtant, elle est totalement invisible et ne peut être détectée directement par aucun instrument.
Case 05 — L’énergie sombre
Lire la transcription de la case 05

L’univers observable se compose d’environ 68 % d’énergie sombre, 27 % de matière noire, et seulement 5 % de matière ordinaire : étoiles, planètes, vous, moi. Tout ce que nous voyons, touchons et connaissons représente moins d’un vingtième du contenu total de l’univers. L’énergie sombre est la composante dominante, et pourtant, elle est totalement invisible et ne peut être détectée directement par aucun instrument.

L’énergie sombre, case 6 : Quatre grandes hypothèses s’affrontent. La constante cosmologique : l’énergie sombre est fixe, propriété immuable de l’espace vide. La quintessence : un champ dynamique qui varie dans l’espace et le temps, nommé d’après le « cinquième élément » des philosophes grecs. L’énergie fantôme : une énergie dont la densité augmente avec l’expansion, et qui déchirerait tout. La gravité modifiée : pas d’énergie sombre, mais Einstein aurait tort aux grandes échelles. Aucune n’est prouvée.
Case 06 — L’énergie sombre
Lire la transcription de la case 06

Quatre grandes hypothèses s’affrontent. La constante cosmologique : l’énergie sombre est fixe, propriété immuable de l’espace vide. La quintessence : un champ dynamique qui varie dans l’espace et le temps, nommé d’après le « cinquième élément » des philosophes grecs. L’énergie fantôme : une énergie dont la densité augmente avec l’expansion, et qui déchirerait tout. La gravité modifiée : pas d’énergie sombre, mais Einstein aurait tort aux grandes échelles. Aucune n’est prouvée.

L’énergie sombre, case 7 : Le problème de la constante cosmologique est considéré comme « la pire prédiction théorique de l’histoire de la physique » : la physique quantique prédit une énergie du vide 10¹²⁰ fois plus grande que ce qu’on observe. Pourtant l’instrument DESI, avec ses 5 000 fibres optiques robotisées au Kitt Peak, a mesuré 6 millions de décalages spectraux galactiques en 2024, et ses données, croisées avec le CMB et les supernovae, suggèrent à 4,2 sigma que l’énergie sombre n’est peut-être PAS constante : elle s’affaiblirait dans le temps.
Case 07 — L’énergie sombre
Lire la transcription de la case 07

Le problème de la constante cosmologique est considéré comme « la pire prédiction théorique de l’histoire de la physique » : la physique quantique prédit une énergie du vide 10¹²⁰ fois plus grande que ce qu’on observe. Pourtant l’instrument DESI, avec ses 5 000 fibres optiques robotisées au Kitt Peak, a mesuré 6 millions de décalages spectraux galactiques en 2024, et ses données, croisées avec le CMB et les supernovae, suggèrent à 4,2 sigma que l’énergie sombre n’est peut-être PAS constante : elle s’affaiblirait dans le temps.

L’énergie sombre, case 8 : Des théories alternatives tentent de contourner l’énergie sombre. Le physicien Erik Verlinde propose que la gravité soit une force « émergente » d’origine entropique : l’énergie sombre n’existerait pas, c’est notre compréhension de la gravité qui serait incomplète. D’autres chercheurs suggèrent que le Vide Local cosmique (une région presque vide autour de notre groupe de galaxies) contiendrait de l’antimatière créant une répulsion gravitationnelle. Séduisant, mais aucune de ces idées n’est encore validée par les données.
Case 08 — L’énergie sombre
Lire la transcription de la case 08

Des théories alternatives tentent de contourner l’énergie sombre. Le physicien Erik Verlinde propose que la gravité soit une force « émergente » d’origine entropique : l’énergie sombre n’existerait pas, c’est notre compréhension de la gravité qui serait incomplète. D’autres chercheurs suggèrent que le Vide Local cosmique (une région presque vide autour de notre groupe de galaxies) contiendrait de l’antimatière créant une répulsion gravitationnelle. Séduisant, mais aucune de ces idées n’est encore validée par les données.

L’énergie sombre, case 9 : Le destin de l’univers dépend directement du comportement de l’énergie sombre. Si elle reste constante : Big Freeze. L’univers se dilate indéfiniment, se refroidit, les étoiles s’éteignent, tout se fige près du zéro absolu. Si elle s’amplifie : Big Rip. Elle déchire galaxies, planètes, puis atomes en un temps fini. Si elle faiblit jusqu’à s’inverser : Big Crunch. L’univers s’effondre. Et si tout recommence en cycles ? C’est le Big Bounce. Les données de DESI 2025 suggèrent un affaiblissement, mais sans certitude sur ce qui suit.
Case 09 — L’énergie sombre
Lire la transcription de la case 09

Le destin de l’univers dépend directement du comportement de l’énergie sombre. Si elle reste constante : Big Freeze. L’univers se dilate indéfiniment, se refroidit, les étoiles s’éteignent, tout se fige près du zéro absolu. Si elle s’amplifie : Big Rip. Elle déchire galaxies, planètes, puis atomes en un temps fini. Si elle faiblit jusqu’à s’inverser : Big Crunch. L’univers s’effondre. Et si tout recommence en cycles ? C’est le Big Bounce. Les données de DESI 2025 suggèrent un affaiblissement, mais sans certitude sur ce qui suit.

L’énergie sombre, case 10 : L’énergie sombre est à la fois la chose la plus réelle de l’univers : elle en est la composante dominante, et la moins comprise. Elle occupe chaque mètre cube d’espace vide, elle accélère le cosmos depuis des milliards d’années, et pourtant, aucun instrument ne peut la saisir directement. Euclid, DESI, le futur télescope Vera Rubin vont nous donner des réponses dans les dix prochaines années. Peut-être qu’Einstein avait finalement tout compris… ou peut-être que l’univers nous réserve encore une surprise.
Case 10 — L’énergie sombre
Lire la transcription de la case 10

L’énergie sombre est à la fois la chose la plus réelle de l’univers : elle en est la composante dominante, et la moins comprise. Elle occupe chaque mètre cube d’espace vide, elle accélère le cosmos depuis des milliards d’années, et pourtant, aucun instrument ne peut la saisir directement. Euclid, DESI, le futur télescope Vera Rubin vont nous donner des réponses dans les dix prochaines années. Peut-être qu’Einstein avait finalement tout compris… ou peut-être que l’univers nous réserve encore une surprise.

Transcription complète

Retrouvez ici le texte de l’épisode dans l’ordre de lecture.

  1. Case 01 Bonjour ! Aujourd’hui, je vous propose de découvrir l’énergie sombre : une force mystérieuse qui représente 68 % de l’univers et que personne ne comprend vraiment. Elle est invisible, indétectable directement, et pourtant, elle gouverne le destin de tout ce qui existe. Et l’histoire de sa découverte commence… par une erreur d’Einstein.
  2. Case 02 En 1917, Einstein pense que l’univers est statique : ni en expansion ni en contraction. Mais ses propres équations de relativité générale prédisent un effondrement. Il bricole alors un terme correctif : la constante cosmologique, une sorte de répulsion de l’espace-temps. Puis Hubble prouve l’expansion en 1929. Einstein renie ce terme, le qualifiant de « plus grande erreur de sa vie ». Ironie : il avait raison de le garder.
  3. Case 03 En 1988, Saul Perlmutter lance le Supernova Cosmology Project à Berkeley. En 1994, Brian Schmidt et Adam Riess forment l’équipe rivale : le High-Z Supernova Search Team. Les deux équipes sont des concurrents acharnés. Leur arme : les supernovae de type Ia, des explosions d’étoiles naines blanches toujours identiques en luminosité. Des « chandelles standard » pour mesurer les distances cosmiques.
  4. Case 04 Le 8 janvier 1998, lors d’une conférence à l’American Astronomical Society, les deux équipes annoncent la même chose : les supernovae lointaines sont plus faibles qu’attendu, donc plus éloignées que prévu. L’univers n’est pas en train de ralentir… il accélère. Riess confiera que ce fut un moment « terrifiant ». Le magazine Science nomme ça « Découverte de l’année ». Environ 75 % des physiciens présents au symposium du Fermilab lèvent la main : ils y croient.
  5. Case 05 L’univers observable se compose d’environ 68 % d’énergie sombre, 27 % de matière noire, et seulement 5 % de matière ordinaire : étoiles, planètes, vous, moi. Tout ce que nous voyons, touchons et connaissons représente moins d’un vingtième du contenu total de l’univers. L’énergie sombre est la composante dominante, et pourtant, elle est totalement invisible et ne peut être détectée directement par aucun instrument.
  6. Case 06 Quatre grandes hypothèses s’affrontent. La constante cosmologique : l’énergie sombre est fixe, propriété immuable de l’espace vide. La quintessence : un champ dynamique qui varie dans l’espace et le temps, nommé d’après le « cinquième élément » des philosophes grecs. L’énergie fantôme : une énergie dont la densité augmente avec l’expansion, et qui déchirerait tout. La gravité modifiée : pas d’énergie sombre, mais Einstein aurait tort aux grandes échelles. Aucune n’est prouvée.
  7. Case 07 Le problème de la constante cosmologique est considéré comme « la pire prédiction théorique de l’histoire de la physique » : la physique quantique prédit une énergie du vide 10¹²⁰ fois plus grande que ce qu’on observe. Pourtant l’instrument DESI, avec ses 5 000 fibres optiques robotisées au Kitt Peak, a mesuré 6 millions de décalages spectraux galactiques en 2024, et ses données, croisées avec le CMB et les supernovae, suggèrent à 4,2 sigma que l’énergie sombre n’est peut-être PAS constante : elle s’affaiblirait dans le temps.
  8. Case 08 Des théories alternatives tentent de contourner l’énergie sombre. Le physicien Erik Verlinde propose que la gravité soit une force « émergente » d’origine entropique : l’énergie sombre n’existerait pas, c’est notre compréhension de la gravité qui serait incomplète. D’autres chercheurs suggèrent que le Vide Local cosmique (une région presque vide autour de notre groupe de galaxies) contiendrait de l’antimatière créant une répulsion gravitationnelle. Séduisant, mais aucune de ces idées n’est encore validée par les données.
  9. Case 09 Le destin de l’univers dépend directement du comportement de l’énergie sombre. Si elle reste constante : Big Freeze. L’univers se dilate indéfiniment, se refroidit, les étoiles s’éteignent, tout se fige près du zéro absolu. Si elle s’amplifie : Big Rip. Elle déchire galaxies, planètes, puis atomes en un temps fini. Si elle faiblit jusqu’à s’inverser : Big Crunch. L’univers s’effondre. Et si tout recommence en cycles ? C’est le Big Bounce. Les données de DESI 2025 suggèrent un affaiblissement, mais sans certitude sur ce qui suit.
  10. Case 10 L’énergie sombre est à la fois la chose la plus réelle de l’univers : elle en est la composante dominante, et la moins comprise. Elle occupe chaque mètre cube d’espace vide, elle accélère le cosmos depuis des milliards d’années, et pourtant, aucun instrument ne peut la saisir directement. Euclid, DESI, le futur télescope Vera Rubin vont nous donner des réponses dans les dix prochaines années. Peut-être qu’Einstein avait finalement tout compris… ou peut-être que l’univers nous réserve encore une surprise.

Ce qu’il faut retenir

  • L'énergie sombre a été découverte en 1998 grâce à l'observation de supernovae de type Ia par deux équipes rivales, dirigées respectivement par Saul Perlmutter et par Brian Schmidt et Adam Riess, qui ont reçu le prix Nobel de physique en 2011
  • elle représente environ 68 % du contenu énergétique total de l'univers, contre 27 % de matière noire et seulement 5 % de matière ordinaire
  • la physique quantique prédit une énergie du vide environ 10¹²⁰ fois plus grande que ce qu'on observe, ce qui constitue le désaccord le plus important entre théorie et observation de toute l'histoire de la science
  • plusieurs hypothèses concurrentes tentent de l'expliquer : constante cosmologique, quintessence, énergie fantôme, ou gravité modifiée, mais aucune n'est définitivement prouvée
  • les résultats récents de l'instrument DESI suggèrent que l'énergie sombre pourrait ne pas être constante dans le temps, ce qui remettrait en cause le modèle standard de la cosmologie
  • selon sa nature exacte, l'énergie sombre déterminera le destin ultime de l'univers : mort thermique froide, déchirement total ou effondrement

Sources et crédits

Auteur et responsable éditorial
Julien Lepage
Date de publication

Références principales

Consulter la méthode éditoriale

À transmettre aux autres curieux

Partager cette découverte

Le lien mène directement à ce sujet, sans passer par la page d’accueil.

Couverture de Découvre… — Tome 4

Continuer sur papier

Retrouvez cette BD dans le tome 4

Ce recueil réunit ce sujet et d’autres découvertes à lire, conserver et offrir.

Personnages, lieux et notions

Dans ce sujet

Votre curiosité ne s’arrête pas là

Et maintenant ?

Continuer ce thème

Garder cette encyclopédie

Le recueil Découvrir le tome →

Recevoir une nouvelle découverte

Suivez Découvre… pour retrouver les nouveaux sujets et les coulisses.

Recevoir les nouveautés par e-mail