N° 399 · Physique · Tome 4
Le plastique est-il devenu indispensable ou incontrôlable ?
Sujet : Le plastique
Léger, résistant, peu coûteux et facile à façonner, le plastique a bouleversé la médecine, l’alimentation, les transports et presque tous les objets du quotidien. Mais le matériau miracle du XXe siècle possède un redoutable revers : produit en quantités gigantesques, rarement recyclé et extrêmement persistant, il s’accumule dans les sols, les rivières et les océans. En se fragmentant, il forme des microplastiques désormais présents jusque dans l’air, l’eau et les organismes vivants.
- Auteur
- Julien Lepage
- Publié le
- Lecture
- 2 min
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Bonjour ! Aujourd’hui, je vous propose de découvrir le plastique, le matériau qui a changé le monde. Mais saviez-vous qu’il est né d’une pénurie ? Au XIXe siècle, les boules de billard étaient en ivoire d’éléphant. Une seule défense ne fournissait que 4 à 5 boules, et les éléphants disparaissaient à vue d’œil. En 1863, une société américaine offrit 10 000 dollars à qui trouverait un substitut.
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John Wesley Hyatt, imprimeur de l’État de New York, relève le défi. Il mélange de la nitrocellulose (du coton traité à l’acide nitrique) avec du camphre. Après des années d’essais, il dépose un brevet en 1870 : le celluloïd est né. Ce matériau peut prendre n’importe quelle forme. Mais il a un défaut majeur : il est hautement inflammable. Certaines boules de billard en celluloïd explosaient littéralement au choc !
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En 1907, Leo Baekeland, chimiste belge naturalisé américain, réussit là où d’autres avaient échoué : il crée la bakélite, le premier plastique 100 % synthétique, sans la moindre molécule naturelle. Il mélange phénol et formaldéhyde sous pression et chaleur dans son autoclave. Le résultat est dur, résistant à la chaleur, isolant électrique… et peut être moulé. L’ère industrielle du plastique commence vraiment ici.
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Entre 1950 et 1970, la production de plastique est multipliée par vingt. Il envahit les foyers : téléphones, radios, Tupperware, jouets, boîtiers de télévision. Le plastique incarne le progrès, la modernité, la démocratisation des objets. Ce que seuls les riches possédaient en verre ou en métal, tout le monde peut désormais l’avoir en plastique coloré. C’est aussi à cette époque que naissent les premières bouteilles plastiques : Vittel en France en 1968.
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Le plastique est fabriqué à partir de pétrole ou de gaz naturel, raffinés en naphta, puis polymérisés en longues chaînes moléculaires. Ces granulés (les « pellets ») sont ensuite fondus et moulés en objets. En 2016, la pétrochimie consomme 20 % du pétrole mondial rien que pour fabriquer des plastiques. Et il existe des milliers de types différents : PET pour les bouteilles, PVC pour les tuyaux, polyéthylène pour les sacs, polystyrène pour l’isolation…
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En 1997, le navigateur Charles Moore découvre par hasard, en rentrant d’une régate Los Angeles-Hawaï, une zone d’accumulation de déchets plastiques dans le Pacifique Nord. Aujourd’hui, cette « soupe » s’étend sur 3,5 millions de km², soit six fois la superficie de la France. En certains endroits, le plastique est 10 fois plus concentré que le plancton. Un million d’oiseaux marins et 135 000 mammifères marins en meurent chaque année.
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Les microplastiques (particules de moins de 5 mm issues de la dégradation du plastique) sont maintenant dans notre corps. Études à l’appui : on en a trouvé dans le sang, les poumons, et même le placenta de bébés à naître. Nous en ingérons par l’eau du robinet (80 % en contient) et par les poissons. Mais attention : les effets réels sur la santé humaine restent encore en cours d’étude. Le danger est probable, mais pas encore totalement quantifié.
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En décembre 2024 à Busan, les négociations pour un traité mondial sur le plastique ont échoué. Les pays producteurs de pétrole ont bloqué toute mesure contraignante. Ce n’est pas un hasard : l’industrie chimique gagne 400 milliards de dollars par an avec le plastique. Depuis les années 1970, elle finance des campagnes vantant le recyclage… tout en sachant qu’il ne fonctionne vraiment que pour 9 % des plastiques produits. Le reste ? Enfoui ou brûlé.
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En 2016, des chercheurs japonais découvrent dans la boue d’une usine de recyclage d’Osaka une bactérie capable de « manger » le PET : Ideonella sakaiensis. Elle produit deux enzymes (PETase et MHETase) qui cassent les chaînes du plastique en éléments recyclables. En 2020, la start-up française Carbios améliore génétiquement cette enzyme pour recycler une bouteille entière. Pendant ce temps, des entreprises développent des emballages à base de mycélium de champignon ou d’algues marines, biodégradables en quelques semaines.
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Le plastique sauve des vies : emballages médicaux stériles, pièces d’avion légères, prothèses. Et il tue des baleines, entre dans nos corps, traverse les générations. Dans des millions d’années, les géologues trouveront dans la roche une strate blanche et colorée : la nôtre, la strate plastique de l’Anthropocène. Ce matériau est un miroir de nos choix collectifs : pas un problème de chimie, mais un problème de civilisation. La question n’est plus « plastique ou pas ? », mais « quel plastique, pour quoi, et combien de temps ? »
Transcription complète
Retrouvez ici le texte de l’épisode dans l’ordre de lecture.
- Case 01 Bonjour ! Aujourd’hui, je vous propose de découvrir le plastique, le matériau qui a changé le monde. Mais saviez-vous qu’il est né d’une pénurie ? Au XIXe siècle, les boules de billard étaient en ivoire d’éléphant. Une seule défense ne fournissait que 4 à 5 boules, et les éléphants disparaissaient à vue d’œil. En 1863, une société américaine offrit 10 000 dollars à qui trouverait un substitut.
- Case 02 John Wesley Hyatt, imprimeur de l’État de New York, relève le défi. Il mélange de la nitrocellulose (du coton traité à l’acide nitrique) avec du camphre. Après des années d’essais, il dépose un brevet en 1870 : le celluloïd est né. Ce matériau peut prendre n’importe quelle forme. Mais il a un défaut majeur : il est hautement inflammable. Certaines boules de billard en celluloïd explosaient littéralement au choc !
- Case 03 En 1907, Leo Baekeland, chimiste belge naturalisé américain, réussit là où d’autres avaient échoué : il crée la bakélite, le premier plastique 100 % synthétique, sans la moindre molécule naturelle. Il mélange phénol et formaldéhyde sous pression et chaleur dans son autoclave. Le résultat est dur, résistant à la chaleur, isolant électrique… et peut être moulé. L’ère industrielle du plastique commence vraiment ici.
- Case 04 Entre 1950 et 1970, la production de plastique est multipliée par vingt. Il envahit les foyers : téléphones, radios, Tupperware, jouets, boîtiers de télévision. Le plastique incarne le progrès, la modernité, la démocratisation des objets. Ce que seuls les riches possédaient en verre ou en métal, tout le monde peut désormais l’avoir en plastique coloré. C’est aussi à cette époque que naissent les premières bouteilles plastiques : Vittel en France en 1968.
- Case 05 Le plastique est fabriqué à partir de pétrole ou de gaz naturel, raffinés en naphta, puis polymérisés en longues chaînes moléculaires. Ces granulés (les « pellets ») sont ensuite fondus et moulés en objets. En 2016, la pétrochimie consomme 20 % du pétrole mondial rien que pour fabriquer des plastiques. Et il existe des milliers de types différents : PET pour les bouteilles, PVC pour les tuyaux, polyéthylène pour les sacs, polystyrène pour l’isolation…
- Case 06 En 1997, le navigateur Charles Moore découvre par hasard, en rentrant d’une régate Los Angeles-Hawaï, une zone d’accumulation de déchets plastiques dans le Pacifique Nord. Aujourd’hui, cette « soupe » s’étend sur 3,5 millions de km², soit six fois la superficie de la France. En certains endroits, le plastique est 10 fois plus concentré que le plancton. Un million d’oiseaux marins et 135 000 mammifères marins en meurent chaque année.
- Case 07 Les microplastiques (particules de moins de 5 mm issues de la dégradation du plastique) sont maintenant dans notre corps. Études à l’appui : on en a trouvé dans le sang, les poumons, et même le placenta de bébés à naître. Nous en ingérons par l’eau du robinet (80 % en contient) et par les poissons. Mais attention : les effets réels sur la santé humaine restent encore en cours d’étude. Le danger est probable, mais pas encore totalement quantifié.
- Case 08 En décembre 2024 à Busan, les négociations pour un traité mondial sur le plastique ont échoué. Les pays producteurs de pétrole ont bloqué toute mesure contraignante. Ce n’est pas un hasard : l’industrie chimique gagne 400 milliards de dollars par an avec le plastique. Depuis les années 1970, elle finance des campagnes vantant le recyclage… tout en sachant qu’il ne fonctionne vraiment que pour 9 % des plastiques produits. Le reste ? Enfoui ou brûlé.
- Case 09 En 2016, des chercheurs japonais découvrent dans la boue d’une usine de recyclage d’Osaka une bactérie capable de « manger » le PET : Ideonella sakaiensis. Elle produit deux enzymes (PETase et MHETase) qui cassent les chaînes du plastique en éléments recyclables. En 2020, la start-up française Carbios améliore génétiquement cette enzyme pour recycler une bouteille entière. Pendant ce temps, des entreprises développent des emballages à base de mycélium de champignon ou d’algues marines, biodégradables en quelques semaines.
- Case 10 Le plastique sauve des vies : emballages médicaux stériles, pièces d’avion légères, prothèses. Et il tue des baleines, entre dans nos corps, traverse les générations. Dans des millions d’années, les géologues trouveront dans la roche une strate blanche et colorée : la nôtre, la strate plastique de l’Anthropocène. Ce matériau est un miroir de nos choix collectifs : pas un problème de chimie, mais un problème de civilisation. La question n’est plus « plastique ou pas ? », mais « quel plastique, pour quoi, et combien de temps ? »
Ce qu’il faut retenir
- Les plastiques sont des polymères naturels ou synthétiques constitués de longues chaînes moléculaires
- La Bakélite inventée en 1907 est considérée comme le premier plastique entièrement synthétique
- La production mondiale dépasse aujourd’hui 450 millions de tonnes par an
- Une grande partie des déchets plastiques n’est jamais recyclée
- Les plastiques abandonnés se fragmentent progressivement en microplastiques sans réellement disparaître
- Réduire les usages évitables et améliorer la gestion des déchets sont deux leviers complémentaires
Sources et crédits
- Auteur et responsable éditorial
- Julien Lepage
- Date de publication
Références principales
- Programme des Nations unies pour l’environnement (nouvel onglet)
- OCDE, Global Plastics Outlook (nouvel onglet)
- Our World in Data, Plastic Pollution (nouvel onglet)
- Science History Institute, History and Future of Plastics (nouvel onglet)
- NOAA Marine Debris Program, Garbage Patches (nouvel onglet)
- The Ocean Cleanup, Great Pacific Garbage Patch (nouvel onglet)
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