N° 343 · Explorateurs · Tome 4
Comment Jeanne Barret a-t-elle fait le tour du monde en bravant les interdits ?
Sujet : Jeanne Barret
En 1766, Jeanne Barret embarque déguisée en homme dans l’expédition de Bougainville, à une époque où les femmes sont interdites à bord des navires français. Assistante et collaboratrice du botaniste Philibert Commerson, elle affronte des conditions éprouvantes pour collecter et préserver des milliers de spécimens végétaux. Après avoir quitté l’expédition à l’île de France, aujourd’hui Maurice, elle regagne finalement la métropole et devient la première femme connue à avoir accompli un tour du monde.
- Auteur
- Julien Lepage
- Publié le
- Lecture
- 2 min
Lire la transcription de la case 01
Bonjour ! Aujourd’hui, je vous propose de découvrir Jeanne Barret, née le 27 juillet 1740 dans un hameau pauvre du Morvan. Fille d’un manouvrier illettré et d’une mère morte trop tôt, elle garde les brebis dès sept ans. Pourtant, contre toute attente, elle apprend à lire et écrire, fait rarissime dans son milieu paysan.
Lire la transcription de la case 02
En 1764, Jeanne devient gouvernante du médecin-botaniste Philibert Commerson, veuf depuis peu. Très vite, elle passe du ménage à l’assistanat scientifique : elle classe, étiquette, sèche les plantes. Elle devient aussi sa maîtresse et tombe enceinte la même année, mais refuse de nommer le père sur l’acte officiel.
Lire la transcription de la case 03
L’ordonnance royale de 1689 interdit toute femme à bord des navires du roi. Pour rejoindre l’expédition Bougainville, premier tour du monde français, Jeanne se déguise donc en homme : cheveux coupés, poitrine bandée, vêtements amples. Elle embarque sous le nom de Jean Baré, comme valet de Commerson.
Lire la transcription de la case 04
Détail crucial : le capitaine La Giraudais cède sa cabine, la plus grande, à Commerson pour stocker son matériel. Avantage inespéré, elle dispose de toilettes privatives. Commerson souffre d’un ulcère à la jambe et du mal de mer, ce qui consigne souvent le naturaliste à bord.
Lire la transcription de la case 05
Au Brésil, le couple découvre la fameuse plante à bractées violettes, baptisée Bougainvillea en hommage au commandant. Commerson étant malade, c’est souvent Jeanne qui herborise seule, portant armes, vivres et cahiers. Bougainville la décrira plus tard, admiratif, comme une « botaniste déjà fort exercé ».
Lire la transcription de la case 06
Le 7 avril 1768, à Tahiti, des habitants entourent « Jean Baré » en criant « Vahine! Vahine! » : femme ! Bougainville la convoque ; en larmes, elle avoue. Mais les autres journaux de bord, notamment celui du chirurgien Vivès, situent plutôt la découverte plus tard, en Nouvelle-Irlande, lors d’un incident violent.
Lire la transcription de la case 07
Débarqués à l’île Maurice en novembre 1768, Commerson et Jeanne sont accueillis par l’intendant Pierre Poivre, ami du naturaliste et célèbre voleur d’épices aux Hollandais. Commerson meurt en 1773 d’une pleurésie. Sans ressources immédiates, Jeanne ouvre un cabaret-billard à Port-Louis, obtenu grâce à une concession officielle.
Lire la transcription de la case 08
Le 17 mai 1774, Jeanne épouse Jean Dubernat à la cathédrale de Port-Louis. Fait remarquable pour l’époque : elle exige un contrat lui permettant de conserver les deux tiers de ses biens en nom propre. Elle apporte quatre fois plus de fortune que son mari : maisons, bijoux et même des esclaves.
Lire la transcription de la case 09
En 1785, à la demande de Bougainville, Louis XVI accorde à Jeanne une pension annuelle de 200 livres et la qualifie de « femme extraordinaire ». C’est la première Française pensionnée pour une contribution scientifique. Sa rente sera même versée en 1794, sous la Terreur : son statut traverse les régimes.
Lire la transcription de la case 10
Jeanne meurt en 1807 à Saint-Aulaye, presque oubliée. Il faudra deux siècles pour la réhabiliter : une plante, Solanum baretiae, est nommée en son honneur en 2012, une chaîne de montagnes sur Pluton en 2018, un navire en 2022, et elle figure parmi les héroïnes des Jeux olympiques de Paris 2024. Une bergère du Morvan jusqu’aux astres.
Transcription complète
Retrouvez ici le texte de l’épisode dans l’ordre de lecture.
- Case 01 Bonjour ! Aujourd’hui, je vous propose de découvrir Jeanne Barret, née le 27 juillet 1740 dans un hameau pauvre du Morvan. Fille d’un manouvrier illettré et d’une mère morte trop tôt, elle garde les brebis dès sept ans. Pourtant, contre toute attente, elle apprend à lire et écrire, fait rarissime dans son milieu paysan.
- Case 02 En 1764, Jeanne devient gouvernante du médecin-botaniste Philibert Commerson, veuf depuis peu. Très vite, elle passe du ménage à l’assistanat scientifique : elle classe, étiquette, sèche les plantes. Elle devient aussi sa maîtresse et tombe enceinte la même année, mais refuse de nommer le père sur l’acte officiel.
- Case 03 L’ordonnance royale de 1689 interdit toute femme à bord des navires du roi. Pour rejoindre l’expédition Bougainville, premier tour du monde français, Jeanne se déguise donc en homme : cheveux coupés, poitrine bandée, vêtements amples. Elle embarque sous le nom de Jean Baré, comme valet de Commerson.
- Case 04 Détail crucial : le capitaine La Giraudais cède sa cabine, la plus grande, à Commerson pour stocker son matériel. Avantage inespéré, elle dispose de toilettes privatives. Commerson souffre d’un ulcère à la jambe et du mal de mer, ce qui consigne souvent le naturaliste à bord.
- Case 05 Au Brésil, le couple découvre la fameuse plante à bractées violettes, baptisée Bougainvillea en hommage au commandant. Commerson étant malade, c’est souvent Jeanne qui herborise seule, portant armes, vivres et cahiers. Bougainville la décrira plus tard, admiratif, comme une « botaniste déjà fort exercé ».
- Case 06 Le 7 avril 1768, à Tahiti, des habitants entourent « Jean Baré » en criant « Vahine! Vahine! » : femme ! Bougainville la convoque ; en larmes, elle avoue. Mais les autres journaux de bord, notamment celui du chirurgien Vivès, situent plutôt la découverte plus tard, en Nouvelle-Irlande, lors d’un incident violent.
- Case 07 Débarqués à l’île Maurice en novembre 1768, Commerson et Jeanne sont accueillis par l’intendant Pierre Poivre, ami du naturaliste et célèbre voleur d’épices aux Hollandais. Commerson meurt en 1773 d’une pleurésie. Sans ressources immédiates, Jeanne ouvre un cabaret-billard à Port-Louis, obtenu grâce à une concession officielle.
- Case 08 Le 17 mai 1774, Jeanne épouse Jean Dubernat à la cathédrale de Port-Louis. Fait remarquable pour l’époque : elle exige un contrat lui permettant de conserver les deux tiers de ses biens en nom propre. Elle apporte quatre fois plus de fortune que son mari : maisons, bijoux et même des esclaves.
- Case 09 En 1785, à la demande de Bougainville, Louis XVI accorde à Jeanne une pension annuelle de 200 livres et la qualifie de « femme extraordinaire ». C’est la première Française pensionnée pour une contribution scientifique. Sa rente sera même versée en 1794, sous la Terreur : son statut traverse les régimes.
- Case 10 Jeanne meurt en 1807 à Saint-Aulaye, presque oubliée. Il faudra deux siècles pour la réhabiliter : une plante, Solanum baretiae, est nommée en son honneur en 2012, une chaîne de montagnes sur Pluton en 2018, un navire en 2022, et elle figure parmi les héroïnes des Jeux olympiques de Paris 2024. Une bergère du Morvan jusqu’aux astres.
Ce qu’il faut retenir
- Jeanne Barret est née en Bourgogne en 1740
- Elle embarqua sous une identité masculine comme assistante de Philibert Commerson
- Elle participa activement aux travaux botaniques de l’expédition de Bougainville
- Son identité et les circonstances de sa révélation font l’objet de récits contradictoires
- Elle acheva sa circumnavigation en rentrant en France plusieurs années après son départ
- L’espèce végétale Solanum baretiae fut nommée en son honneur en 2012
Sources et crédits
- Auteur et responsable éditorial
- Julien Lepage
- Date de publication
Références principales
- New York Botanical Garden (nouvel onglet)
- Library of Congress (nouvel onglet)
- Encyclopaedia Britannica (nouvel onglet)
- Muséum national d’Histoire naturelle (nouvel onglet)
- Smithsonian Magazine (nouvel onglet)
- The Conversation (nouvel onglet)
- JSTOR Daily (nouvel onglet)
- Biodiversity Heritage Library (nouvel onglet)
- Royal Museums Greenwich (nouvel onglet)
- National Geographic (nouvel onglet)
- Plants of the World Online, Kew Science (nouvel onglet)
- International Plant Names Index (nouvel onglet)
- Missouri Botanical Garden (nouvel onglet)
À transmettre aux autres curieux
Partager cette découverte
Le lien mène directement à ce sujet, sans passer par la page d’accueil.
Continuer sur papier
Retrouvez cette BD dans le tome 4
Ce recueil réunit ce sujet et d’autres découvertes à lire, conserver et offrir.
Personnages, lieux et notions