N° 422 · Figures historiques · Tome 4
Joshua Norton était-il fou, visionnaire ou vraiment l’empereur de San Francisco ?
Sujet : Joshua Norton
En 1859, Joshua Norton, ancien homme d’affaires ruiné de San Francisco, se proclame « empereur des États-Unis » et commence à gouverner un pays qui ne reconnaît évidemment pas son autorité. Pourtant, durant vingt ans, habitants, policiers, commerçants et journaux participent en partie à cette étrange fiction collective. Derrière l’excentricité se cache un personnage étonnamment engagé, défenseur des minorités et partisan précoce d’une liaison entre San Francisco et Oakland. Mais sa légende a aussi accumulé de nombreuses inventions qu’il est aujourd’hui possible de distinguer des faits.
- Auteur
- Julien Lepage
- Publié le
- Lecture
- 2 min
Lire la transcription de la case 01
Bonjour ! Aujourd’hui, je vous propose de découvrir Joshua Norton, le commerçant ruiné devenu « empereur des États-Unis ». En 1859, il s’attribue ce titre sans posséder ni armée, ni palais, ni pouvoir légal. Pourtant, pendant vingt ans, une bonne partie de San Francisco choisit de jouer le jeu.
Lire la transcription de la case 02
Joshua Abraham Norton naît probablement à Londres le 4 février 1818, et non en 1819, comme l’indique encore sa tombe. Sa famille juive émigre en 1820 dans la colonie du Cap, en Afrique australe. Lui-même quitte l’Afrique en 1845, mais une partie de son parcours jusqu’en Californie reste mal documentée.
Lire la transcription de la case 03
Norton devient d’abord un véritable homme d’affaires à San Francisco. En 1852, il achète environ 200 000 livres de riz péruvien en pleine flambée des prix… juste avant que d’autres cargaisons ne fassent chuter le marché. Le conflit finit devant la Cour suprême de Californie, puis ses affaires s’effondrent jusqu’à la faillite.
Lire la transcription de la case 04
Le 17 septembre 1859, Norton remet à un journal une proclamation dans laquelle il se déclare « empereur de ces États-Unis ». Le journal la publie surtout parce qu’il la trouve amusante. Norton, lui, poursuit ensuite très sérieusement son règne imaginaire et va jusqu’à annoncer l’abolition du Congrès.
Lire la transcription de la case 05
Peu à peu, la plaisanterie devient un rituel collectif : policiers, commerçants, théâtres et transports traitent souvent Norton comme un véritable souverain. En 1867, son arrestation pour prétendue folie provoque un scandale ; le chef de la police le fait libérer et présente des excuses. Norton accorde alors gracieusement son « pardon impérial » à l’agent responsable.
Lire la transcription de la case 06
Norton ne se limite pas aux décrets fantaisistes : il intervient aussi dans les débats de son époque. Il défend à plusieurs reprises les immigrés chinois face aux discriminations et réclame l’accès des Noirs aux transports urbains. Une grande partie de ses proclamations authentiques paraît d’ailleurs dans le Pacific Appeal, journal afro-américain abolitionniste.
Lire la transcription de la case 07
En 1872, Norton propose de relier Oakland à San Francisco par un pont passant par Yerba Buena Island, puis envisage aussi un tunnel ferroviaire sous la baie. Il n’est pas l’inventeur du Bay Bridge, mais l’itinéraire qu’il défend est remarquablement proche de celui adopté des décennies plus tard. Voilà l’une de ses « prophéties » réellement documentées.
Lire la transcription de la case 08
Norton vit pourtant presque dans la pauvreté, dans une chambre minuscule de Commercial Street. Pour financer son quotidien, il émet ses propres bons impériaux, parfois acceptés par des commerçants qui connaissent le personnage. Ironie ultime : certains de ces billets de quelques cents valent aujourd’hui plusieurs dizaines de milliers de dollars aux enchères.
Lire la transcription de la case 09
Autour de Norton, la légende a souvent dépassé les archives. Bummer et Lazarus, les deux chiens qu’on lui attribue, n’étaient vraisemblablement pas les siens ; son célèbre décret interdisant le surnom « Frisco » n’a jamais été retrouvé. Même l’histoire où il aurait arrêté une émeute anti-chinoise en récitant une prière apparaît bien après sa mort.
Lire la transcription de la case 10
Norton meurt dans la rue le 8 janvier 1880, presque sans fortune, mais des milliers de personnes lui rendent hommage. Fou, acteur conscient ou mélange des deux ? Aucun diagnostic rétrospectif ne peut trancher. Son histoire révèle surtout une chose étonnante : sans aucune autorité officielle, un homme peut devenir un personnage public durable dès lors qu’une société entière accepte de participer à son récit.
Transcription complète
Retrouvez ici le texte de l’épisode dans l’ordre de lecture.
- Case 01 Bonjour ! Aujourd’hui, je vous propose de découvrir Joshua Norton, le commerçant ruiné devenu « empereur des États-Unis ». En 1859, il s’attribue ce titre sans posséder ni armée, ni palais, ni pouvoir légal. Pourtant, pendant vingt ans, une bonne partie de San Francisco choisit de jouer le jeu.
- Case 02 Joshua Abraham Norton naît probablement à Londres le 4 février 1818, et non en 1819, comme l’indique encore sa tombe. Sa famille juive émigre en 1820 dans la colonie du Cap, en Afrique australe. Lui-même quitte l’Afrique en 1845, mais une partie de son parcours jusqu’en Californie reste mal documentée.
- Case 03 Norton devient d’abord un véritable homme d’affaires à San Francisco. En 1852, il achète environ 200 000 livres de riz péruvien en pleine flambée des prix… juste avant que d’autres cargaisons ne fassent chuter le marché. Le conflit finit devant la Cour suprême de Californie, puis ses affaires s’effondrent jusqu’à la faillite.
- Case 04 Le 17 septembre 1859, Norton remet à un journal une proclamation dans laquelle il se déclare « empereur de ces États-Unis ». Le journal la publie surtout parce qu’il la trouve amusante. Norton, lui, poursuit ensuite très sérieusement son règne imaginaire et va jusqu’à annoncer l’abolition du Congrès.
- Case 05 Peu à peu, la plaisanterie devient un rituel collectif : policiers, commerçants, théâtres et transports traitent souvent Norton comme un véritable souverain. En 1867, son arrestation pour prétendue folie provoque un scandale ; le chef de la police le fait libérer et présente des excuses. Norton accorde alors gracieusement son « pardon impérial » à l’agent responsable.
- Case 06 Norton ne se limite pas aux décrets fantaisistes : il intervient aussi dans les débats de son époque. Il défend à plusieurs reprises les immigrés chinois face aux discriminations et réclame l’accès des Noirs aux transports urbains. Une grande partie de ses proclamations authentiques paraît d’ailleurs dans le Pacific Appeal, journal afro-américain abolitionniste.
- Case 07 En 1872, Norton propose de relier Oakland à San Francisco par un pont passant par Yerba Buena Island, puis envisage aussi un tunnel ferroviaire sous la baie. Il n’est pas l’inventeur du Bay Bridge, mais l’itinéraire qu’il défend est remarquablement proche de celui adopté des décennies plus tard. Voilà l’une de ses « prophéties » réellement documentées.
- Case 08 Norton vit pourtant presque dans la pauvreté, dans une chambre minuscule de Commercial Street. Pour financer son quotidien, il émet ses propres bons impériaux, parfois acceptés par des commerçants qui connaissent le personnage. Ironie ultime : certains de ces billets de quelques cents valent aujourd’hui plusieurs dizaines de milliers de dollars aux enchères.
- Case 09 Autour de Norton, la légende a souvent dépassé les archives. Bummer et Lazarus, les deux chiens qu’on lui attribue, n’étaient vraisemblablement pas les siens ; son célèbre décret interdisant le surnom « Frisco » n’a jamais été retrouvé. Même l’histoire où il aurait arrêté une émeute anti-chinoise en récitant une prière apparaît bien après sa mort.
- Case 10 Norton meurt dans la rue le 8 janvier 1880, presque sans fortune, mais des milliers de personnes lui rendent hommage. Fou, acteur conscient ou mélange des deux ? Aucun diagnostic rétrospectif ne peut trancher. Son histoire révèle surtout une chose étonnante : sans aucune autorité officielle, un homme peut devenir un personnage public durable dès lors qu’une société entière accepte de participer à son récit.
Ce qu’il faut retenir
- Joshua Norton était un négociant prospère avant qu'une opération désastreuse sur le riz et ses difficultés financières ne précèdent sa faillite
- Le 17 septembre 1859, il se proclama « empereur des États-Unis » sans jamais détenir le moindre pouvoir légal
- San Francisco entra largement dans son jeu, au point que policiers, commerçants, théâtres et transports le traitèrent souvent comme un véritable dignitaire
- Il défendit notamment les immigrés chinois et l’égalité des Noirs dans les transports, et proposa en 1872 une liaison entre San Francisco et Oakland via Yerba Buena Island
- Une partie des célèbres histoires qui lui sont attribuées, comme l’interdiction du mot « Frisco », ses deux prétendus chiens ou l’arrêt d’une émeute par une prière, sont probablement apocryphes
- Mort presque sans argent en 1880, Norton est devenu l’une des figures historiques les plus emblématiques de San Francisco
Sources et crédits
- Auteur et responsable éditorial
- Julien Lepage
- Date de publication
Références principales
- Emperor Norton Trust — The Life & Legend of Emperor Norton
- Emperor Norton Trust — Bridge Proclamations
- Emperor Norton Trust — Emperor Norton Tunnel proposal
- Emperor Norton Trust — Joshua Abraham Norton, b. 4 February 1818
- Emperor Norton Trust — Did Joshua Norton Arrive in SF with $40K?
- Emperor Norton Trust — Did Joshua Norton Leave SF Before Announcing His Reign?
- Emperor Norton Trust — San Francisco Rice Imports and Norton's Gambit
- Justia / California Supreme Court — Ruiz v. Norton, 4 Cal. 355 (1854)
- Libertarian Labyrinth, Emperor Norton Project — Proclamations for 1859
- Libertarian Labyrinth — Proclamations for 1871
- Libertarian Labyrinth — Proclamations for 1872
- Emperor Norton Trust — Proclamations on the Chinese, 1868–1878
- Emperor Norton Trust — When Emperor Norton Became Protector of Mexico
- Emperor Norton Trust — Notes on His Majesty's Printers
- Emperor Norton Trust — Emperor Norton Scrip in 1867?
- Emperor Norton Trust — 1870s Market for Norton Photographs and Signatures
- PubMed / Academic Psychiatry — His Majesty's Psychosis: the Case of Emperor Joshua Norton
- Emperor Norton Trust — A Jewish Memorial for the Emperor
- Emperor Norton Trust — On the Trail of the Elusive “Frisco” Proclamation
- Emperor Norton Trust — Recovering Emperor Norton's 1861 Proclamation Against Privateering
- Emperor Norton Trust — Myth-tory
- Emperor Norton Trust — Herb Caen Bought the Myth that Bummer and Lazarus Were Emperor Norton's Dogs
- KQED — America's Emperor, San Francisco's Treasure
- OpenSFHistory / Western Neighborhoods Project — The Emperor in San Francisco: A Closer Look
- Emperor Norton Trust — Setting the Record Straight on the Famous Emperor Norton Obits
- Emperor Norton Trust — Lockhart & Porter, Undertakers to the Emperor
- San Diego History Center — Emperor Norton of San Francisco
- Principia Discordia — The Principia Discordia
- Neil Gaiman — Neil Gaiman's Journal, Emperor Norton discussion
- DCU Guide — The Sandman #31, “Three Septembers and a January”
- SF Gay History — José Sarria — The Widow Norton
- Jewish Museum of the American West — Joshua A. Norton: Beloved Jewish Emperor of San Francisco
- 1820 Settlers — Joshua Abraham Norton genealogy
- Wikimedia Commons / California Historical collections — Photograph of Emperor Joshua A. Norton I.
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